Une fois n’est pas coutume, je ramène ma citrouille (ben oui, je sais, d’habitude, c’est ma fraise mais je trouvais que ça n’était plus vraiment de saison) aujourd’hui pour vous parler non pas littérature mais… cinéma ! Enfin, oui, d’accord, vous allez me dire que je triche un peu parce qu’on va papoter ensemble d’un livre adapté en film… Et pas n’importe lequel mes amis ! Autant vous dire que quand j’ai appris qu’Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre (Prix Goncourt 2013 et l’une de mes lectures favorites du monde entier… hé oui…) allait être l’objet d’une adaptation cinématographique, j’ai commencé à avoir de sacrées palpitations (je suis une petite nature). Disons que, de la page à l’écran, il y a toujours un risque. Que ça soit raté. Qu’évidemment, ça ne corresponde pas (du tout) au film que vous vous étiez tourné dans votre tête. Et le risque est d’autant plus grand si le livre fait partie des incontournables de votre bibliothèque personnelle. Vous vous êtes déjà forgé tout un univers bien à vous et il s’avère que, généralement, le résultat n’est pas vraiment à la hauteur de vos espérances. J’allais donc probablement bouder cette sortie ciné comme il se doit quand j’ai appris que l’adaptation serait réalisée par Albert Dupontel, et qu’il jouerait également l’un des personnages principaux de l’histoire. Et là (vous allez me dire que c’est gros mais c’est vrai), j’ai senti ma détermination vaciller. Parce que ce protagoniste, justement, dans mon esprit, il avait exactement la tête d’Albert Dupontel… Alors, coïncidence ou pas, j’ai eu envie de me laisser tenter par ce drôle de hasard et me suis dirigée (inquiète) vers la salle obscure un jour d’automne…

A. Dupontel et P. Lemaitre

A. Dupontel et P. Lemaitre sur le tournage d’Au revoir là-haut

Philippe Guillaume, plus connu sous son nom de scène Albert Dupontel, est né le 11 janvier 1964 dans les Yvelines. Passionné par le théâtre, il a notamment suivi une formation à l’Ecole du Théâtre National de Chaillot (sous la direction d’Antoine Vitez) et quelques cours avec la grande Ariane Mnouchkine. Albert Dupontel commence à se faire un nom en tant qu’humoriste sur Canal +, chaîne sur laquelle il crée, avec Manuel Poirier, les Sales Histoires. Depuis, il s’est notamment fait connaître au cinéma dans des films comme Un long dimanche de fiançailles de J.P Jeunet (2004), Fauteuils d’orchestre de D. Thompson (2005) ou encore Odette Toulemonde en 2007. Il est également passé à plusieurs reprises derrière la caméra, notamment pour Vilaine en 2009 ou Neuf mois ferme, pour lequel son actrice principale, Sandrine Kiberlin, a reçu le César de la Meilleure actrice en 2014. Au revoir là-haut est son sixième film. Il s’agit de l’adaptation éponyme du livre de Pierre Lemaitre, couronné par le Prix Goncourt en 2013, qui raconte le parcours de deux poilus dans la France de l’immédiat après-guerre…

Le roman et le film commencent presque de manière similaire. Dans les tranchées, dans la boue, au cœur de l’horreur de la guerre. Nous sommes à quelques jours de l’armistice. Albert Maillard, projeté par un obus dans un trou dans lequel il manque de mourir d’étouffement, est sauvé par l’un de ses camarades, Edouard Péricourt. Si Albert s’en sort physiquement presque indemne, Edouard n’aura pas cette chance. Il aura la seconde moitié du visage déchiquetée. Au sortir de la guerre, les deux anciens combattants peinent à retrouver leur place dans une société qui célèbre davantage les morts que les soldats (gueules cassées pour beaucoup) qui ont réussi à revenir de l’enfer. Albert a perdu son emploi de comptable, Edouard (fils de grands bourgeois mais qui ne veut plus revoir sa famille) vit reclus avec lui dans un taudis avec ses dessins pour seuls compagnons… Un jour, Edouard a une idée diabolique. Pour faire un pied de nez à cette société ingrate et sans pitié, les deux amis vont organiser une gigantesque arnaque aux monuments aux morts…

Affiche d’Au revoir là-haut

Et bien verdict ? L’adaptation d’Au revoir là-haut est une véritable réussite ! J’y suis allée un peu à reculons et suis sortie véritablement conquise (et soulagée). Visuellement tout d’abord, le film est incroyable. On pouvait avoir un petit indice en analysant l’affiche du film, littéralement sublime. Les combats sont particulièrement réalistes et vous donne l’impression de cheminer vers la mort avec les soldats. Il faut dire que, sur ce point précis, la barre était haute. Le livre de P. Lemaitre s’ouvre sur la scène de combat à la fin de laquelle Albert manque de mourir asphyxié. Un passage puissant, inoubliable pour moi dans le roman et particulièrement bien rendu à l’écran. Le Paris de l’immédiat après-guerre de Dupontel est particulièrement bien rendu : y cohabitent de manière hallucinante l’opulence des beaux quartiers avec les bas-fonds de la capitale où vivent nombre d’anciens combattants (mutilés pour la plupart et traumatisés), laissés à leur sort. Costumes et décors constituent un véritable sans-faute et donnent vie au récit. Les masques portés par Edouard (qui cachent la seconde partie de son visage) sont magnifiques et chacun a un sens.

Le film est également porté par un casting incroyable. Chaque acteur joue sa partition avec brio. Au premier plan, Albert Dupontel, lunaire et touchant, donne la réplique au formidable Nahuel Perez Biscayart (vu récemment dans 120 Battements par minute), dans un rôle quasiment muet. Le jeune acteur ne dispose que de ses yeux pour exprimer toute une palette d’émotions et livre une performance incroyable. Niels Arestrup, Emilie Dequenne et Mélanie Thierry sont justes et touchants. Et puis, il y a Laurent Laffitte, qui campe un horrible lieutenant Pradelle plus vrai que nature. Machiavélique, menteur et cynique… il fait partie de ces personnages qu’on adore détester !

Mais derrière le livre et donc, derrière le film se cachent aussi des messages politiques sur l’absurdité de la guerre, un supposé patriotisme qui a permis d’envoyer des milliers de gens à la mort mais qui les oublient bien vite, des puissants sans morale prêts à tout pour s’enrichir sur les souffrances d’autrui…. Tantôt burlesque, grandiloquent ou cynique, là encore, le film de Dupontel est à la hauteur de la puissance du livre.

Albert Dupontel signe une adaptation particulièrement réussie du livre Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre. Tout les éléments sont réunis pour un succès annoncé : une adaptation à la fois (très) fidèle mais avec des touches personnelles, des décors et des costumes soignés, un casting cinq étoiles, le tout porté par un scénario aux formidables trouvailles. Et bien ce film, vous savez quoi ? J’ai même envie de le revoir… En attendant, je trépigne déjà d’impatience depuis que l’on m’a annoncé que la suite du livre de Pierre Lemaître était attendue pour début janvier 2018

Au revoir là-haut
Au revoir là-haut
RéalisateurAlbert Dupontel
ScénaristeAlbert Dupontel
ProducteurCatherine Bozorgan
DistributeurGaumont Distribution
Bande OriginaleChristophe Julien
Date de Sortie25 octobre 2017
GenreComédie Dramatique
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Au revoir là-haut (A. Dupontel/P. Lemaitre)
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