Black Swan

Black Swan

Laissez-moi tout d’abord vous raconter une histoire… Celle d’une princesse, Odette, transformée en cygne blanc à la suite d’un mauvais sort jeté par le méchant Rothbart. Le jeune Siegfried, prince en quête d’une épouse, tombe sous le charme de cette magnifique femme-oiseau et lui promet de l’épouser. Pour cela, il organise un bal le soir même, où il la convie. Mais tout ne se passe pas comme prévu : Rothbart arrive, bien accompagné d’une jeune fille mais celle-ci n’est autre qu’Odile, sa propre fille, transformée pour l’occasion sous les traits d’Odette, afin de séduire et de duper le prince. Siegfried, n’y voyant que du feu, lui jure de l’épouser et de l’aimer à jamais. Il a donc rompu le serment qu’il avait fait à Odette. Il existe, selon les versions, plusieurs fins à cette histoire : Odette meurt en laissant Siegfried désespéré ou les deux personnages finissent par périr mais se retrouver dans l’éternité… Cela vous dit vaguement quelquechose ? Cet argument n’est autre que celui du ballet incontournable de Marius Petipa, Le Lac des Cygnes, qu’il a créé en 1895 en Russie. Pour les balletomes avertis, il fait partie des plus belles pièces du répertoire classique et les néophytes connaissent parfois les quelques notes de la partition ultra célèbre de Tchaikovsky. Dans ce ballet, les rôles d’Odette et d’Odile sont interprétés par la même danseuse, ce qui constitue un véritable challenge, car il s’agit d’exceller dans deux rôles diamétralement opposés.

Le cinéaste Darren Aronofsky s’est donc basé sur cette histoire pour son film Black Swan, sorti sur les écrans français en février 2011. Après notamment le terrifiant Requiem for a Dream, qui nous dressait le portrait d’une Amérique à la dérive à travers la déchéance d’un jeune homme et de sa mère, complètement accros à la drogue et aux médicaments, Aronofsky récidive en nous livrant un film choc et dérangeant aux confins de la folie humaine…

Nina Sayers (interprétée par Natalie Portman) est une jeune danseuse du New-York City Ballet. Sage et appliquée, elle est même, à certains points de vue, la caricature de la ballerine : anorexique, perfectionniste à l’extrême et joliment anachronique entre ses tutus, ses ours en peluche et sa boîte à musique qui joue Tchaikovsky en boucle. Entre une mère omniprésente et étouffante, un métier terriblement exigeant et impitoyable et un désir de perfection permanent, son stress est, dès le début, déjà important et son équilibre psychologique, précaire. Thomas Leroy (Vincent Cassel), le directeur de la compagnie, décide de monter une nouvelle version du Lac des Cygnes et souhaite pour cela présenter au public, une nouvelle danseuse. L’heure de Nina est venue. Seulement, ce n’est pas si facile. Si elle est absolument faite pour incarner la douce, fragile et diaphane Odette, le personnage d’Odile, vénéneuse, sensuelle et tentatrice, lui reste étranger et va la pousser à explorer de nombreuses faces encore inconnues de sa personnalité. A tout cela s’ajoute une rivalité (réelle ou imaginée par Nina) avec Lily (Mila Kunis), nouvelle recrue de la troupe et qui représente tout ce qu’elle n’est pas. Un voyage dangereux au fond d’elle-même qui va la conduire tout droit vers la schizophrénie et la folie…

Black Swan

Black Swan

D’un point de vue cinématographique, Black Swan est un véritable coup de maître. Le film, qui oscille entre thriller psychologique et le fantastique horrifique, nous livre une réflexion intéressante sur la danse mais surtout sur l’art en général, qui exige toujours plus de vie et de sacrifices. Tout en brouillant les frontières entre réalité, fantasmes, songes et hallucinations, il nous donne à voir toute une galerie de figures féminines passionnantes : la mère de Nina, Beth McIntyre et Lily. Alors que la première, nocive et envahissante, réalise son rêve de danseuse à travers sa fille, la seconde, danseuse étoile déchue, est pour Nina, le symbole terrifiant du déclin à venir. Enfin, la troisième, en opposition totale avec le personnage de Natalie Portman, offre un parallèle très intéressant avec cette dernière. Si Black Swan est si brillant, c’est grâce à une mise en scène fabuleuse et totalement maîtrisée du début à la fin mais également et surtout grâce au jeu des différents comédiens, qui excellent tous dans leurs rôles. Natalie Portman est évidemment bluffante et parvient à la perfection à dévoiler aux spectateurs toute la palette des émotions refoulées tandis que Vincent Cassel prend un malin plaisir à jouer les maîtres de ballet malsains et manipulateurs. Un casting d’exception donc, soutenu par de jolies scènes qui illustrent la vie quotidienne de la compagnie.

Darren Aranofsky destinait le rôle de Nina à Natalie Portman depuis 10 ans. Cette dernière s’est d’ailleurs préparée d’arrache-pied et entraînée pendant 18 mois afin de livrer cette incroyable performance d’actrice qui lui a valu de remporter un Oscar. Oui, d’actrice. Pas de danseuse. Un scandale est d’ailleurs venu entâcher la sortie en DVD aux Etats-Unis lorsque Benjamin Millepied, chorégraphe attitré du film et aujourd’hui époux de Madame, a déclaré que N. Portman avait effectué 85% des prises où on la voit danser. Sa doublure, Sarah Lane (danseuse depuis 22 ans à l’American Ballet Theatre) s’est empressée de rétablir la vérité :

«Sur les plans où l’on voit tout le corps, je dirais que 5% sont faits par Natalie. Tout le reste, c’est moi. Ils voulaient faire croire aux gens que Natalie était une sorte de génie très doué pour la danse et qui a travaillé très dur pour devenir une véritable ballerine. Tout ça pour l’Oscar. C’est dégradant pour la profession, pas seulement pour moi. Je fais ça depuis vingt-deux ans… Peut-on devenir une pianiste de concert après un travail d’un an et demi, même si on est une star de cinéma?».

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Black Swan
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RéalisateurDarren Aronofsky
ScénaristeMark Heyman, Andres Heinz
ProducteurArnie Messer, Mike Medavoy
DistributeurTwentieth Century Fox
Bande OriginaleClint Mansell, Piotr Ilitch Tchaïkovski
Date de Sortie09 Février 2011
GenreDrame, Thriller
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