Il y a quelques mois de cela, j’ai eu l’opportunité d’assister en avant-première à la projection du film Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée dans le cadre du Ramdam, le « Festival du film qui dérange », qui se donnait à Tournai en Belgique. À l’occasion de sa sortie en Dvd et Blu-ray le 4 juin prochain, j’ai décidé de revenir sur cet excellent long-métrage qui n’a eu de cesse de faire parler de lui dès l’instant où il a fait son apparition dans les salles obscures.

Noyé sous une avalanche de récompenses, et pas des moins prestigieuses pour ne citer que les deux Golden Globes (meilleur acteur dans un film dramatique et meilleur acteur dans un second rôle) et les trois Oscars du cinéma (meilleur acteur, meilleur acteur dans un second rôle et meilleurs maquillages et coiffures) très justement reçus, Dallas Buyers Club mérite l’attention des cinéphiles les plus avertis ainsi que des plus discrets amateurs de popcorn.

Avant toute chose, plantons le décor. A Dallas, dans les années quatre-vingt, Ron Woodroof est un cowboy amateur de rodéo, de drogues et de sexe, macho, violent et homophobe ; figure même de l’antipathie. Alors qu’il se retrouve à l’hôpital à la suite d’un simple accident de travail, on lui explique qu’il est a été diagnostiqué séropositif à un stade déjà très avancé et qu’il ne lui reste plus que trente jours à vivre. Comble du déshonneur pour cet homme pour qui les homosexuels sont le rebus de l’humanité ; il rejette tout d’abord l’évidence avant de se renseigner sur la maladie et de comprendre qu’il existe de nombreux autres moyens de contracter le virus. Le cowboy se lance alors dans une recherche effrénée d’un traitement, et se rend compte que l’AZT, seul médicament antirétroviral autorisé sur le territoire américain à cette époque, est non seulement inefficace, mais en plus de cela dangereux pour les patients. Il s’embarque dans la contrebande de médicaments alternatifs et construit doucement son business jusqu’à créer le « Dallas buyers club » à l’aide de Rayon, un séropositif transsexuel. Je n’irai pas plus loin dans la description de l’histoire, mon but n’étant pas de vous spoiler totalement le scénario !

Malgré toutes les louanges que l’on a pu en tirer, le film possède certes quelques défauts, le contraire serait d’ailleurs étonnant. Mais s’il y a bel et bien un point absolument indiscutable qui livre toute sa force au métrage de Jean-Marc Vallée, il s’agit de l’extraordinaire qualité de jeu des acteurs principaux. Mais avant toute chose, ces acteurs, qui sont-ils ? Deux parfaits ovnis du cinéma américain ; je veux évidemment parler de Matthew McConaughey et Jared Leto. Le premier débute une carrière plutôt banale et multiplie les comédies romantiques avilissantes (Playboy à saisir, Hanté par ses ex, Comment se faire larguer en 10 leçons, …) et son nom passe inaperçu jusqu’en 2012 où se produit un retournement total de situation ;  on le retrouve tout d’abord à l’affiche Killer Joe de William Friedkin, puis de Mud : Sur les rives du Mississipi de Jeff Nichols, ensuite dans le désormais (déjà) culte Le loup de Wall-Street de Martin Scorsese aux côtés de Leonardo Dicaprio (son apparition est relativement courte mais pas des moindres), paraît encore Dallas Buyers Club et ses nombreuses récompenses citées plus haut, la mystérieuse série True Detective qui a littéralement explosé les records d’audiences aux Etats-Unis il y a quelques mois de cela, et on le retrouvera bientôt en haut de l’affiche d’Interstellar, le prochain Christopher Nolan -autant vous dire que McConaughey a largement réussi à faire ses preuves en tant qu’acteur de talent et que l’on n’a pas fini d’apercevoir sa gueule étrange partout. Quant à son acolyte Jared Leto, je pense que l’on peut aisément le définir comme « le type à qui tout réussit » ; chanteur du groupe de rock alternatif Thirty Seconds to Mars qui rassemble les foules à travers le monde, mannequin dans les publicités d’Hugo Boss et acteur désormais oscarisé, les très rares films au sein desquels il tient le premier rôle sont devenus de véritables références (Requiem for a Dream de Darren Aronofsky et Mr. Nobody de Jaco Van Dormael).

Oui mais. Des grands noms, ça ne fait pas toujours tout, les exemples sont multiples pour le prouver. Sauf que dans ce cas-ci, on peut réellement dire que rien qu’il tirent rien qu’à eux deux le film vers le sommet dans un jeu bourré de force, de sentiment, de véracité. Oui oui, c’est mon cœur qui parle : on a envie de les croire. Qu’il s’agisse de ce McConaughey totalement bourru et au premier abord odieux et repoussant, avec son accent texan à couper au couteau, sa façon de renifler à tout va et de mâcher ses mots (attention, je serai très exigeante sur la question : à regarder en voix originales absolument) ou de l’autre Leto, maquillé, habillé, paradant et parlant comme une femme, touchant à souhait. Tous deux fortement amaigris ; cette perte de poids est à l’image de leur rôle dans le film, un investissement total qui prend aux tripes. Ils n’ont pas volé leurs récompenses. Jennifer Garner, troisième grand nom du film, apparait plutôt sympathique mais dans un jeu plus banal et sans réelles surprises.

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Je m’attarderai moins sur d’autres détails étant donné que, je pense que vous l’aurez compris, le film mériterait à mes yeux d’être vu uniquement pour ce qui a été exposé ci-dessus. Je tiens tout de même à signaler l’attrait de la thématique de la contrebande de médicaments qui (je ne me suis pas renseignée sur la chose), je pense, n’avait pas encore été traitée au cinéma de cette façon et que j’ai trouvée intéressante ; il s’agit d’un domaine dont je ne connaissais absolument rien et sur lequel je ne m’étais jamais penchée, cela m’a fait du bien de voir un film qui m’a appris des choses en plus de me permettre de passer du bon temps. L’évocation de la maladie est faite de manière froide, elle est analysée de l’extérieur par un regard neutre et ne tourne pas plaintive et larmoyante comme cela pourrait être le cas dans de nombreux autres métrages évoquant ce thème; on ne plonge jamais du côté du pathos inutile.       Le parcours du personnage principal suit malgré tout les traces d’un schéma narratif assez banal : le mauvais aigri et bourru qui passe par la case « prise de conscience » et finit aimable et serviable. Mais il ne s’agit là que d’un résumé extrêmement simplifié et « cucufié » si vous me permettez l’expression ; le film et ses attraits parviennent à donner à ce fil conducteur tout l’intérêt dont il avait besoin pour décoller, et plus encore. Je vous conseille donc très vivement ce film qui pour moi a réellement été la grande surprise du début 2014.

Dallas Buyers Club
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RéalisateurJean-Mars Vallée
ScénaristeCraig Borten, Melissa Wallack
ProducteurRobbie Brenner, Rachel Winter
DistributeurUGC Distribution
Bande OriginaleDany Elfman
Date de Sortie29 Janvier 2014
GenreDrame
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Dallas Buyers Club
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