Vous allez définitivement vous dire que je suis longue au démarrage… Dix ans tout juste après son lancement, le 1er octobre 2006, j’ai enfin découvert il y a quelques semaines la série créée par James Manos Jr. qui a tellement fait parler d’elle (en bien ou en mal) : Dexter. Véritable phénomène pendant ces premières années d’existence dans les années 2000, la série, qui a tiré sa révérence lors du dernier épisode diffusé le 22 septembre 2013 aux Etats-Unis, a, au fur et à mesure, suscité des réactions contrastées de la part du public. La découverte et l’engouement général ont vite laissé place à une lente indifférence, de l’agacement, de l’ennui voire à la moquerie dans les deux dernières saisons. Dix ans donc après ses débuts, Dexter fait encore tout de même parler de lui puisque la chaîne qui le diffusait, Showtime, a demandé, à l’occasion de cet anniversaire, aux internautes de voter pour leur épisode préféré. Dix d’entre eux ont été diffusés en une seule soirée début octobre. Entre suspense intense, comédiens savoureux et une intrigue de base monstrueusement efficace, retour sur une série addictive et frappante mais qui n’a pas su s’arrêter au bon moment…

La série Dexter, créée par James Manos Jr.

La série Dexter, créée par James Manos Jr.

Tout d’abord, un petit point en quelques chiffres et dates s’impose pour replacer les choses dans leur contexte. La série est diffusée par Showtime aux Etats-Unis, qui ajoute ainsi à son palmarès déjà juteux (The Tudors et Homeland pour ne citer qu’eux) une corde supplémentaire à son actif. En France, Dexter a été diffusé par Canal + à partir du 17 mai 2007. La série prend sa source dans un roman policier écrit en 2004 par Jeff Lindsay, Ce cher Dexter (Darkly dreaming Dexter en version originale). Si, dans la première saison, l’intrigue colle à celle du livre, les scénaristes ont ensuite pris leurs distances avec les publications de Lindsay, pour suivre leur propre trajectoire. La série compte 96 épisodes de 52 minutes (si vous la commencez, surtout, dites adieu à votre vie sociale ou autre pour un petit moment). La quatrième saison a été celle de tous les records pour Showtime puisqu’elle a été vue par 1,74 million de téléspectateurs mais c’est avec le dernier épisode de la saison 8 que la chaîne a atteint le jackpot (2,8 millions de téléspectateurs en première diffusion).

Dexter, comme un bon nombre d’entre vous le savent probablement déjà, c’est l’histoire d’un jeune trentenaire à l’histoire personnelle un peu… particulière dirons-nous. Le jour, il est expert en médecine légale au Miami Metro Police Department et analyse des tâches de sang toute la journée avec son collègue un brin obsédé mais tellement drôle, Masuka, et travaille au même endroit que sa sœur, Debra, qui est fonctionnaire de police. Dexter fréquente par ailleurs une jeune femme prénommée Rita, divorcée et mère de deux enfants. Un type ordinaire, vous me direz. Sauf que la nuit, Dexter se transforme en serial killer. Et pas n’importe lequel. Dexter n’enfile son costume de justicier que pour châtier les personnes ayant commis des actes horribles et qui sont passées entre les mailles du filet de la justice. Il suit scrupuleusement le « code » d’Harry, du nom de son père adoptif, qui lui a inculqué alors qu’il remarquait les pulsions meurtrières irrépréssibles de son fils adoptif. Notre personnage principal mène donc une véritable double vie : collègue un peu sociopathe mais irréprochable d’un côté, loup solitaire de l’autre…

Le casting de la série Dexter

Le casting de la série Dexter

La série démarre avec un travelling parfaitement réussi. Le personnage principal roule dans la nuit à la recherche de sa proie. L’action, le cadre, tout est posé de manière quasiment parfaite. Les quatre premières saisons sont très bien maîtrisées. Le spectateur apprend petit à petit à connaître le personnage complexe de Dexter, complètement étranger au monde tel que la plupart des humains le concoivent. N’éprouvant aucune empathie, aucune honte, aucune passion, il évolue dans son milieu professionnel, comme dans sa vie personnelle avec son amie Rita, avec un point de vue le plus neutre possible. C’est un des grands points forts de la série d’ailleurs à ses débuts : l’analyse des codes sociaux et des rapports humains par un personnage complètement en dehors des normes communément admises. Les scénaristes parviennent de manière très habile à faire s’interroger les spectateurs sur leur propre part d’animalité lorsque ces derniers se rendent compte qu’ils s’attachent petit à petit à Dexter. Les personnages secondaires sont servis par un casting brillant (Jennifer Carpenter, l’interprète de Debra, en tête), le suspense, les fausses pistes, les retournements de situation et les moments de tension savamment distillés au fil des épisodes. Jusqu’à l’ultime épisode de la quatrième saison et ce cliffhanger… qui vous fait tout juste frôler l’arrêt cardiaque (comptez au moins sur des palpitations. Personnellement, je ne m’en suis toujours pas remise. Un peu comme la mort de Mark Greene dans Urgences en fait). Sans vous dévoiler quoi que ce soit de l’intrigue (cet article, promis, est totalement spoilers free pour les internautes qui n’auraient pas encore vu la série), Dexter aurait très bien pû (et aurait d’ailleurs dû) s’arrêter là. Cela aurait constitué une conclusion terrifiante certes mais tout-à-fait honnête pour une série de qualité.

Mais… on ne lâche pas si facilement une poule aux œufs d’or et la série a encore continué pendant quatre saisons supplémentaires. Et là vient le drame. La descente aux enfers est probablement à mettre en parallèle avec le départ simultané du patron de Showtime et celui du showrunner, Clyde Phillips. Toujours est-il qu’à partir de ce moment-là, nous tombons de Charybde en Scylla ma bonne dame. Intrigues peu cohérentes, dénouements plus que poussifs, personnages secondaires transparents (au mieux)… Les raisons du désintérêt du spectateur sont nombreuses. A fil des épisodes, les scénaristes n’ont une qu’une obsession : vouloir humaniser à tout prix leur héros. Grossière erreur messieurs.

On touche enfin le fond lors du dénouement final. Un final d’une nullité ahurissante. Complètement raté, incohérent et stupide (le genre WTF quoi). Je crois qu’on peut officiellement lui attribuer la récompense de pire fin de série de tous les temps. Un véritable gâchis pour une série qui a connu, à juste titre, son heure de gloire.

Dexter, c’est l’exemple type d’une série qui n’a pas su s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. Pourtant, le cocktail de départ avait tout pour être explosif : un héros aux mille facettes, des personnages secondaires intéressants et attachants pour beaucoup, des intrigues maîtrisées au suspense savamment distillé… Mais il y a eu quatre saisons de trop (si vous vous posez la question, oui j’ai réussi à tenir jusqu’au bout… mais avec difficulté). Plus les épisodes passent et moins l’intrigue devient crédible. L’habileté de Dexter à passer entre les mailles du filet de ses collègues finit par amuser/agacer/exaspérer le spectateur car l’intrigue n’est soutenue par rien d’autre et les incohérences finissent par peser trop lourd. L’ennui fait vite place au soulagement une fois le dernier épisode terminé. Difficile d’ailleurs de croire à cet instant qu’il s’agit de la série pour laquelle je me suis prise de passion il y a alors quelques semaines…

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