Me voilà de retour avec un article… bien de saison. Hum. Appréciez l’ironie (ou pas). Alors que la majorité d’entre vous est probablement en train de faire bronzette à la mer ou à la piscine (ou sur votre balcon si vous avez la chance d’habiter une région plus clémente que la mienne question météo) et de profiter du soleil d’une manière ou d’une autre, je me mets au diapason de la période et j’ai aussi des envies de voyage. D’aller voir ailleurs si j’y suis. Loin. Mais genre très loin. Alors, bien sûr, je ne dirais pas non si on m’offrait un billet d’avion pour New-York ou, allez soyons fous, l’Ile Maurice (on ne sait jamais, je place ça là l’air de rien, si mes proches me lisent…). Mais, en ce moment, quand je vagabonde intérieurement, je pense plutôt à de grandes contrées lointaines et froides. Un comble pour quelqu’un qui se plaint en permanence de ne pas avoir assez chaud et qui fait tous les ans un blues hivernal du tonnerre. Mais je suis pleine de contradictions. Bon, bref, toujours est-il que, mon truc, en ce moment, c’est de prendre l’avion et hop, direction… la Russie ! Alors, c’est sûrement mon côté férue d’art et d’histoire mais ce pays fait définitivement partie des endroits que j’aimerais visiter une fois dans ma vie. Actuellement en vacances, j’en profite pour avancer dans mes lectures (j’appréhende d’avance les clients les plus acharnés qui me demanderont, sans sourciller, si je me suis enfilée les 500 et quelques romans de la rentrée littéraire) et découvrir tous ceux qui me tentent depuis un bon bout de temps. L’heureux élu cette fois-ci ? Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. On ne présente (presque) plus ce récit de voyage, ni son auteur que bon nombre connaissent désormais… J’ai donc en envie de comparer ma lecture au film éponyme de Safy Nebbou, sorti en juin 2016.

Petit rappel pour ceux qui n’auraient pas tout suivi. Dans les forêts de Sibérie est un récit autobiographique signé par l’aventurier Sylvain Tesson, paru en 2011 chez Gallimard. L’auteur y raconte les six mois (de février à juillet 2010) qu’il a passé dans une cabane, en Sibérie, aux bords du lac Baïkal. A 120 kilomètres du village le plus proche, il s’est retrouvé seul face à lui-même…

Sylvain Tesson et l'acteur Raphaël Personnaz

Sylvain Tesson et l’acteur Raphaël Personnaz

Dans la libre adaptation réalisée par Safy Nebbou, l’écrivain voyageur prend les traits de Teddy, un chef de projet multimédia. Afin d’assouvir un besoin de liberté et de trouver un sens à ce qui l’entoure, il a décidé de se retirer du monde et d’aller vivre plusieurs mois en Sibérie, près du lac Baïkal, dans une cabane qui ne dispose que du strict nécessaire. Teddy apporte des vivres, de la vodka et beaucoup de nourritures spirituelles. Confronté à la solitude et à l’extrême rudesse des éléments, Teddy va perdre connaissance pendant une violente tempête de neige et sera secouru par l’énigmatique Alexeï, qui cache de nombreux secrets. Les deux hommes vont s’apprivoiser lentement…

De par sa magnifique écriture et la subtilité des thèmes abordés, le livre de Sylvain Tesson m’avait déjà plus que conquise. Force est de constater que, selon moi, le film de Safy Nebbou est tout-à-fait à la hauteur des Forêts de Sibérie version papier.

Ce film, tout comme le livre bien sûr, est avant tout un vibrant hommage à la nature. Les paysages sont à couper le souffle, les travellings de toute beauté. Pourtant, le réalisateur évite intelligement tout angélisme puisqu’il parvient à montrer la nature telle qu’elle est : à la fois stupéfiante mais aussi inhospitalière et menaçante. Le parcours de Teddy nous le montre bien : l’Homme n’est qu’un fêtu de paille face à l’immensité de cette nature qui, en Sibérie ou ailleurs, reprend ses droits et dicte ses propres règles. Elle joue ici le premier rôle et le film mérite le visionnage rien que pour découvrir ces paysages infinis de glace.

Là où le film diverge par rapport au livre, c’est lorsqu’il crée le personnage d’Alekseï. Pas présent dans le récit de Sylvain Tesson, il vient apporter un contrepoint intéressant au personnage de Teddy, offrant ainsi quelques passages (superbement) dialogués. Ces deux êtres, que tout oppose, se retrouvent ici réunis par la force des choses et leurs scènes étoffent justement le film sans dénaturer la version initiale. Raphaël Personnaz livre une très belle performance d’acteur, tout en retenue, subtil et forte.

Mais le film m’aurait peut-être un peu laissée sur ma faim sans l’envoûtante musique d’Ibrahim Maalouf. Pure, elle accompagne parfaitement les différentes séquences, les habille délicatement, bien présente mais sans ostentation.

Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie de Safy Nebbou

Dans les forêts de Sibérie est un livre, un film qui fait du bien. Il invite le lecteur/spectateur à se recentrer, sans niaiserie ni psychologie de comptoir, sur l’essentiel et propose à la fois un superbe voyage géographique à travers une nature bouleversante de beauté mais aussi un voyage intérieur qui peut parler à tous. Côté technique, le film de Safy Nebbou est un petit bijou : la photographie est sublime, la musique d’I. Maalouf est un vrai bonheur et le réalisateur a réussi à créer des personnages à la fois complexes et attachants, avec peu de dialogues. Rien d’inutile ou de superflu. Juste le strict nécessaire. A l’image du message porté par Teddy/Sylvain. En ces temps où tout le monde passe sa vie à courir après on ne sait pas toujours quoi, les paroles de notre protagoniste peuvent résonner en chacun : « Je suis libre parce que mes jours le sont ». A bon entendeur…

Dans les forêts de Sibérie
Dans les forêts de Sibérie
RéalisateurSafy Nebbou
ScénaristeSafy Nebbou, David Oelhoffen
ProducteurPhilip Boëffard, Christophe Rossignon
DistributeurPaname Distribution
Bande OriginaleIbrahim Maalouf
Date de Sortie15 Juin 2016
GenreAventure
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Dans les forêts de Sibérie (S. Nebbou/S. Tesson)
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