“Koyaanisqatsi”, on dirait le titre d’une vieille prophétie de fin du monde, genre 2012… Au final, c’est un peu ça, mais c’est beaucoup plus.

J’y ai été conduit par bien des chemins : une belle image dont je cherchais l’origine, les somptueuses musiques de Watchmen, une obscure video qui l’évoquait rapidement,… Ainsi la force des choses m’a-t-elle amené à regarder Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio (1983).

Le film, d’une durée d’1h30, s’ouvre sur d’arides paysages américains, au son de la grandiose musique de Philip Glass (sur laquelle nous reviendrons plus tard). On a beau connaître la particularité du métrage, savoir qu’il n’y a aucun acteur, on ne peut s’empêcher, dans les dix premières minutes, d’espérer l’apparition d’un protagoniste. Et puis, quand on commence à se faire à l’idée que l’on ne va assister qu’à un enchaînement de (magnifiques) paysages sur fond de musique contemporaine, le personnage principal se dévoile enfin : l’Humanité. Elle se révèle sous les traits d’un ouvrier qui monte dans une énorme machine. Alors l’Humanité progresse ; elle construit pipelines, usines et immeubles et c’est bientôt une ville magnifiée par des angles de vue à couper le souffle qui s’étend sous nos yeux. Et tout est accéléré, on a l’impression de voir des milliers d’années s’écouler quand tout se déroule dans une même période.

Il est difficile de parler du film sans en éventer le mystère. Et il serait dommage de vous dicter les thèmes qu’il évoque, vous privant de vous faire votre propre opinion. Je décrirai donc deux images (parmi une infinité d’autres) qui m’ont particulièrement marqué. La première est un gros plan sur la lune, évoluant dans le ciel, alors que la droite de l’écran est cachée par un immeuble. J’ai, pour la première fois de ma vie, ressenti tout le poids de cet astre et réalisé le miracle qu’est le déplacement d’une telle masse dans le ciel. La deuxième présente deux routes parallèles où avancent des voitures. Soudain, sans que rien ne change, cette image nous apparait comme un organisme ; on voit les veines qui se gonflent d’un sang rouge (les phares arrières des voitures) ainsi que les mouvements réguliers d’une digestion. Il est impossible d’expliquer ce qui donne cette force évocatrice à ces images mais elle est bien là.

Et la musique nous accompagne toujours. Les compositions de Philip Glass méritent à elles seules d’être écoutées car elles possèdent une force presque cosmique, une puissance qui va de pair avec la taille de notre protagoniste. Ce n’est pas pour rien que, dans Watchmen, elles furent reprises pour la scène de la naissance de Dr. Manhattan, une sorte de dieu omniscient et omnipotent.

Le film n’a qu’un défaut : aux alentours de la soixantième minute commence une longue séquence hyper accélérée (The Grid) qui est tout simplement étouffante, on se sent pris au piège, on en souffre presque. La scène, fortement (et sérieusement) déconseillée pour les épileptiques, est éprouvante, mentalement comme physiquement, et c’est pourtant certainement ce que le réalisateur voulait. Mais quand le calme revient, que les images, la musique, et même le propos se font plus doux, on reprend son souffle, comme au sortir d’une apnée.

Koyaanisqatsi, ça se vit. Il m’aurait été impossible d’en parler objectivement tant cette œuvre tient plus de l’expérience que du film. On pourrait le croire ennuyeux mais, passé le premier quart d’heure (par ailleurs très agréable pour les adeptes de beaux paysages), on est happé, d’abord dans la recherche d’un thème qu’évoqueraient tous ces tableaux dont on aperçoit parfois le sens caché puis, tout simplement, dans un déluge d’images et d’humanité. Notez que je ne suis pas un amateur de cinéma d’auteur, Koyaanisqatsi est réellement accessible si tant est qu’on veuille bien réfléchir un peu. J’en suis ressorti lessivé, retourné (je me demande encore comment la fin a pu à ce point me bouleverser) mais avec la conviction d’avoir vu un grand film, à défaut d’un autre mot.

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Koyaanisqatsi est en fait le premier de la Trilogie des Qatsi avec Powaqqatsi et Naqoyqatsi pour suites.

Koyaanisqatsi
Drive
RéalisateurGodefrey Reggio
ScénaristeGodefrey Reggio
ProducteurFrancis Ford Coppola
DistributeurNon communiqué
Bande OriginalePhilip Glass
Date de Sortie05 Décembre 2012
GenreDocumentaire
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Koyaanisqatsi
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