Sofia CoppolaAprès Virgin Suicides (1999) et Lost in Translation (2003), la cinéaste Sofia Coppola boucle, avec Marie-Antoinette (2006), sa trilogie sur les méandres de l’adolescence et du passage à l’âge adulte.

Véritable enfant chérie du cinéma indépendant aux Etats-Unis, mademoiselle Coppola est née sous une bonne étoile (et dans la bonne famille, oui). Fille du célébrissime Francis Ford Coppola, Sofia C. est donc tombée dans le cinéma comme Obélix dans la marmite de potion magique quand il était petit (j’ai failli ne pas faire cette métaphore mais il est tard alors j’abdique). Après une apparition alors qu’elle n’était qu’un bébé dans le film de papa, Le Parrain, elle continue, au fil des années 1980 et 1990 à avoir accès à de nombreux rôles et autres petits boulots dans le milieu du cinéma. Mais c’est en tant que réalisatrice que la jeune Sofia va enfin se faire un prénom. Elle explose sur le devant de la scène avec son deuxième film, Virgin Suicides (adapté du livre éponyme de Jeffrey Eugenides), qui rencontre à la fois les faveurs du public et celles de la critique. Avec Lost in Translation, c’est la consécration : le film, qui met en scène Scarlett Johansson et Bill Murray plongés au cœur d’un Japon énigmatique, remporte l’Oscar du meilleur scénario original ainsi que trois Golden Globes. Par ailleurs, Sofia Coppola a depuis (plus exactement en 2010) reçu l’une des prestigieuses récompenses internationales du cinéma : son film Somewhere lui a valu un Lion d’or à la Mostra de Venise. Elle est également régulièrement l’une des réalisatrices les plus en vue lors du Festival de Cannes.

Pour Marie-Antoinette, elle retrouve sa muse et l’une de ses actrices fétiches pour interpréter le rôle principal, Kirsten Dunst. Afin de réaliser ce film, Sofia Coppola s’est appuyée sur la biographie d’Antonia Fraser (historienne britannique) sur la dernière reine de France, tout en ne s’en inspirant que relativement librement afin de laisser libre cours à ses aspirations et ses différentes influences. A travers cette œuvre, la réalisatrice livre sa version toute personnelle de celle qui fût archiduchessse d’Autriche, dauphine puis reine de France et couvre une large période qui s’étale de 1770 à 1789. Le film a été en compétition pour la Palme d’Or lors du Festival de Cannes en 2006. Partons ensemble à la découverte d’une reine pas tout-à-fait comme les autres et d’un film qui sort des sentiers battus…

Marie-AntoinetteDès l’âge de 14 ans, la jeune Marie-Antoinette se retrouve, comme toute tête couronnée de son époque, sous le joug des machinations politiques et des mariages arrangés. Tout a été décidé entre sa mère, l’autoritaire et puissante Marie-Thérèse d’Autriche et l’actuel roi de France, Louis XV. Sa fille, Marie-Antoinette épousera son petit-fils, Louis Auguste, futur Louis XVI, alors âgé de seulement 15 ans. La voilà donc sommée de quitter patrie, foyer et famille pour aller s’installer dans un pays qu’elle ne connaît pas, et qui lui est majoritairement hostile, afin d’épouser un parfait inconnu. Nous allons la suivre dans sa découverte de cet univers si codifié et rigide qu’est alors la cour de France. La jeune femme, immature, frivole mais touchante ne va pas s’y faire que des amis. Ses frasques – réelles ou supposées – font jaser, son mariage (non consommé pendant une dizaine d’années) avec le dauphin puis le roi Louis XVI est l’objet de nombreuses moqueries, ce qui pousse Marie-Antoinette à se réfugier dans les futilités, les fêtes à Versailles et les bals à l’Opéra… Mais tout cela n’a qu’un temps. Bientôt, la jeune femme devient mère, prend ses responsabilités en tant qu’épouse du premier personnage de France… Mais peut-être est-il déjà trop tard… La colère du peuple gronde et la Révolution va bientôt frapper aux portes du pays, en emportant tout un monde sur son passage…

La Marie-Antoinette de Sofia Coppola est une véritable pépite. Visuellement, chaque plan est un véritable régal, parfaitement maîtrisé et la photographie est sublime. Le film, presque entièrement tourné au château de Versailles, est sur ce point (comme sur beaucoup d’autres) un sans-faute. Coloré à souhait, c’est un bijou de textures, de couleurs, de parfums et de goûts qui agite tous les sens du spectateur. Certains anachronismes au niveau des costumes (aaah ce plan sur les chaussures d’époque avec une paire de Converse cachées au milieu aura décidément beaucoup fait parler de lui) ainsi qu’au niveau de la musique (Glück et Rameau, grands compositeurs baroques du XVIIIe siècle, côtoient avec joie The Cure, The Strockes ou encore Air) sont parfaitement assumés, même revendiqués, et donnent un véritable coup de frais au genre du film historique en costumes.

Le scénario, basé on l’a vu sur une biographie historique tout ce qu’il y a de plus sérieux, prend ses distances avec l’Histoire tout en en respectant les impondérables, ce qui nous permet de découvrir une Marie-Antoinette bien loin des clichés dont on a bien voulu l’affubler depuis des siècles. On y découvre d’abord une jeune fille en retrait mais désireuse de bien faire, tout juste sortie de l’enfance et que l’on propulse sans égards ni préparation aucune dans le monde des adultes sans lui en avoir donné les codes. La jeune femme, pour fuir une situation personnelle plus que compliquée (le poids de la venue d’un héritier pèse lourdement sur les épaules de cette demoiselle d’à peine 20 ans…), se jette alors à corps perdus dans les paillettes, les cotillons, les amitiés fusionnelles… Et puis, la maturité arrive et se dessine alors une Marie-Antoinette sous un autre jour : devenue mère, elle est confrontée à la perte de l’un de ses enfants, et à un pays dont la situation politique menace de plus en plus le cocon qu’elle s’est créé autour de Versailles…

Il en fallait donc des qualités d’actrice pour être à la hauteur de ce personnage haut en couleurs, à la fois enfantin, insouciant et en même temps dramatique et tourmenté. Sofia Coppola a trouvé sa perle rare en la personne de Kirsten Dunst (déjà lumineuse Lux dans Virgin Suicides). Radieuse et émouvante, elle éclaire le film et la femme qu’elle interprète de mille facettes. Déjà en pleine ascension avant ce film, après Marie-Antoinette, plus aucun doute : K. Dunst est décidement l’une des actrices avec lesquelles il faudra compter dans les prochaines années. A ses côtés, Jason Schwartzman, cousin de Sofia Coppola, est parfait dans le rôle de Louis XVI. Il parvient à nous rendre subtil et attachant un personnage que l’on a tellement facilement caricaturé en homme faible, glouton et indécis.

Une mise en scène réglée à la perfection, des personnages à la fois subtils et dramatiques et un univers unique, Marie-Antoinette est une véritable réussite à de nombreux égards. Il nous offre également un regard empreint de tendresse et de mélancholie sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Au fond, Marie-Antoinette et Louis XVI ont été, à bien des égards, des adolescents et des jeunes adultes comme beaucoup. Sauf que Versailles était leur terrain de jeux et que leur frivolité, leurs erreurs, leur inconscience parfois, leur ont coûté la vie.

Marie-Antoinette
Forza Motorsport 6 cover
RéalisateurSofia Coppola
ScénaristeSofia Coppola
ProducteurSofia Coppola, Ross Katz
DistributeurPathé Distribution
Bande OriginaleAir, Phoenix
Date de Sortie24 Mai 2006
GenreHistorique, Biopic
19e6a6ea-c93a-4d71-950d-7d567d73b1aa
22b094e7-a55e-493c-8518-d22fcfdefc35