Oh boy

Oh boy

Une fois n’est pas coutume, cette semaine, place au cinéma et à Oh boy, premier long-métrage remarqué en 2012 du jeune réalisateur allemand Jan Ole Gerster.

Ce film a reçu en 2013 le prix du cinéma européen et il a été primé par six Lola, l’équivalent des Césars outre-Rhin. Passionné de cinéma depuis sa plus tendre enfance et devenu assistant de production sur le film Goodbye Lenin ! de Wolfgang Becker (qui a fait beaucoup parler de lui au début des années 2000), Jan Ole Gerster s’est lancé dans l’aventure…

Oh boy (dont le titre est tiré d’une chanson des Beatles, A day in the life), c’est avant tout l’histoire de Niko Fischer, un jeune Berlinois à la trentaine mal assumée, qui passe ses journées à errer dans la capitale allemande. Sans travail, ni véritablement de famille, il a quitté ses études de droit et se sent écrasé par un père autoritaire et bourgeois mais qui l’entretient. Depuis quelques temps, le jeune homme a également sombré dans l’alcool et peine à vaincre ses démons. Une journée banale, ordinaire commence pour lui, durant laquelle il tente de troquer l’alcool contre le café. Mais la tâche ne s’avère pas si aisée… Niko va alors voguer de rencontre en rencontre, de bar en bar et, la nuit venant, faire le point sur son existence… Incapable de décider quoi faire véritablement de sa vie, il se perd dans Berlin, entre une jeune femme qu’il a connu sur les bancs de l’école mais dont il ne se rappelle pas, un ami qui l’entraîne dans des situations plus rocambolesques les unes que les autres ou encore un vieil homme qui lui raconte dans un bar sa Nuit de Cristal en 1934… Souvent comiques (la scène du Starbucks est une pépite), les pérégrinations du personnage principal laissent pourtant apparaître malgré tout une véritable détresse, une grande mélancolie et une sorte de peur panique de l’âge adulte…

Véritable petit bijou du cinéma indépendant allemand, Oh boy est avant tout un film d’une beauté rare. Entièrement réalisé en noir en blanc, il donne à l’image et au propos un côté intemporel et permet de donner du relief aux situations les plus banales de l’existence. Il est également l’occasion pour son réalisateur de donner une place entière à la ville de Berlin et d’en faire véritablement le deuxième personnage principal de son film. Filmé uniquement dans l’ancien côté est de la ville, Oh boy est une magnifique cartographie, pourtant nullement idéalisée, de la capitale allemande et de son évolution depuis les trente dernières années.

Le film de Jan Ole Gerster est également l’occasion pour ce dernier de signer un vibrant hommage à de véritables maîtres du septième art, comme François Truffaut, réalisateur emblématique de la Nouvelle Vague. Le personnage de Niko et ses errances urbaines ne sont pas sans rappeler Antoine Doisnel, personnage fétiche de Truffaut, interprété de nombreuses fois et à des âges différents par l’acteur Jean-Pierre Léaud.

Les dialogues et les situations cocasses illustrent un art drolatique du décalage rappellent également avec finesse un certain Woody Allen…

Oh boy

Oh boy

Mais un film n’est pas grand-chose sans ses acteurs… Oh boy est véritablement porté par un jeune comédien à la présence magnétique qui illumine le film, Tom Schilling. Déjà remarqué dans la mini-série sur la Seconde Guerre Mondiale Unsere Mütter, unsere Väter (sortie en France et en Europe sous le titre Generation War), il fait des merveilles dans ce rôle de jeune paumé au regard à la fois flou et mélancolique qui ne parvient pas à communiquer avec les autres et qui vit dans un monde qu’il ne comprend pas… ou au contraire, qu’il ne comprend que trop bien. Un beau rôle de composition, que l’acteur interprète avec finesse et acuité.

Un personnage attachant, un brillant acteur, une mise en scène précise et bien léchée… Ajoutez à cela une bande-originale jazzy un peu rétro… et vous obtiendrez Oh boy. A travers les errances sans fin du héros, le film pose un regard plein de tendresse sur une jeunesse qui ne se retrouve pas dans ses aînés mais qui ne parvient pas non plus encore à trouver sa propre voie. Ce film est à la fois une très belle comédie douce-amère et une étude de mœurs sur l’incompatibilité des êtres humains. Les pérégrinations de Niko sont, pour le réalisateur (surtout dans l’émouvante mais subtile scène finale), l’occasion d’explorer autant le passé de l’Allemagne que son présent…

Pour voir la bande-annonce du film, c’est par ici:

Oh Boy
Forza Motorsport 6 cover
RéalisateurJan-Ole Gerster
ScénaristeJan-Ole Gerster
ProducteurMarcos Kantis
DistributeurDiaphana Production
Bande OriginaleThe Major Minors, Cherilyn MacNeil
Date de Sortie05 Juin 2013
GenreDrame
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Oh Boy (Jan Ole Gerster)
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