J’ai entendu parler de Prisoners pour la toute première fois il y a quelques semaines en me rendant sur Allociné, et en apercevant les habituelles bannières publicitaires qui décorent les pourtours du site Internet. Slogans auxquels je ne porte généralement que très peu d’attention, me dirigeant directement vers la source de mes recherches, mon œil a néanmoins été attiré par quelques formules très efficaces. On pouvait y lire : « Dans la même veine que Seven et Mystic River » ou encore « L’un des meilleurs thrillers depuis Le Silence des Agneaux ». Pour rappel : Seven (1995), thriller haletant de David Fincher avec au casting Brad Pitt, Morgan Freeman et Kevin Spacey ; Mystic River (2003), thriller et drame de Clint Eastwood avec Sean Penn, Kevin Bacon et Laurence Fishburne, dont la critique a déjà été rédigée sur Attractive Area ; et finalement Le Silence des Agneaux (1991), toujours thriller et film d’épouvante qui a marqué l’histoire du cinéma, réalisé par Jonathan Demme, avec Jodie Foster et Anthony Hopkins dans le rôle d’Hannibal Lecter le cannibale. Autant vous dire que pareille analogie, avec de tels monstres du genre et de tels coups de cœur pour moi, n’ont pu me rendre que sceptique et intriguée dans un premier temps. Après visionnage de la bande annonce et prise de connaissance du casting (Hugh Jackman –tout de  même, en tant que grande fan de X-Men, ce n’est pas rien-,  Jake Gyllenhaal, belle gueule intrigante dans Donnie Darko ou encore Zodiac-, Melissa Leo21 Grammes, Trois enterrements-, mais surtout le talentueux Paul Dano, remarqué très jeune pour ses rôles dans Little Miss Sunshine , There Will Be Blood, et plus récemment Elle s’appelle Ruby), j’ai pensé que ce film ferait soit figure de coup de publicité très réussi mais peu convaincant, ou se hisserait directement au rang de mes films préférés. Et, alors qu’à l’heure où j’écris cet article, Prisoners n’est toujours pas sorti chez mes chers voisins français, j’ai acheté mon petit ticket de cinéma et me suis laissé porter dans la salle sombre, des questions plein la tête.

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Prisoners

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        Synopsis : Les Dover célèbrent Thanksgiving avec les Birch, leurs amis du voisinage. Lorsque les fillettes, Anna et Joy, disparaissent mystérieusement, les deux familles sont en émoi. Le détective Loki est rapidement affecté à l’affaire, et retrouve le conducteur d’un véhicule récréatif aperçu sur les lieux. Le suspect, Alex Jones, est libéré après 48 heures, faute de preuves. Keller Dover, le père d’Anna, est pourtant persuadé qu’il sait où sont les filles, et décide de l’enlever et de le séquestrer jusqu’à ce qu’il avoue. Pendant ce temps, Loki continue d’enquêter sur les circonstances de l’enlèvement, et relève plusieurs irrégularités.

Au sortir de la salle de cinéma, ce sont bel et bien la surprise et la satisfaction qui font place sur mon visage. Bien que les comparaisons entre œuvres cinématographiques ont le plus souvent tendance à m’irriter, Prisoners était en effet à la hauteur (ou presque) des films cités ci-dessus, et cela faisait bien longtemps que je n’avais plus été aussi heureuse d’avoir donné pratiquement dix euros pour une projection : en bref, une journée réussie.

Deux heures et demie, ce n’est pas rien. A mes yeux, pour qu’un film soit jugé réussi, il faut que l’on n’ait pas vu le temps passer durant le visionnage, que l’on n’ait pas une seule fois regardé en douce son téléphone pour avoir une idée de l’heure. Le défi est tenu pour Prisoners où le réalisateur ne lâche pas son public d’une semelle : entre scènes dialoguées et rebondissements inattendus, le regard et l’esprit ne se reposent pas. Hugh Jackman campe le père de famille brisé à la disparition de sa fillette, le visage dur, la barbe et le regard noirs,  hanté par un désir de vérité et de vengeance. Américain de base prêt à faire face aux ouragans et autres scénarios apocalyptiques, il est un personnage auquel on s’identifie facilement, et qui dégage autant de rage que de sensibilité ; je me suis en effet surprise à verser une petite larme face à l’impuissance du bonhomme. Jake Gyllenhaal occupe quant à lui le rôle du policier un peu sombre un peu ténébreux mais tout de même dévoué et prêt à tout pour aller au bout de son enquête ; il fait partie de cette catégorie de personnages dont on ne sait absolument rien mais dont on se plaît bien à imaginer toutes sortes de passés obscurs. J’ai beaucoup apprécié son interprétation (malgré le fait que ce soit souvent le hasard qui guide ses déductions policières), et si, en allant voir le film, vous vous demandez comme moi si ses clignements de l’œil forcenés sont naturels ou font partie de son jeu d’acteur, ils s’avèrent après vérification être simulés afin de lui donner un petit côté flic dérangé-accro à la caféine. Finalement, mon véritable coup de cœur au niveau du casting de Prisoners revient à Paul Dano que j’aurais aimé voir un peu plus durant le long-métrage. Affublé de grandes binocles démodées, de gilets pelucheux et de pulls à col roulé, la mine renfrognée et les yeux fuyants, il nous offre une délicieuse interprétation d’attardé mental (difficile de ne pas prendre pitié). Les questionnements sont nombreux face à ce personnage que je jugerais être le plus complexe de tous. L’issue de l’histoire est restée pour moi brumeuse jusqu’à la toute fin.

       Prisoners rassemble au final tout ce qui fait qu’un film peut me plaire : une ambiance sombre et froide, une intrigue plus ou moins bien ficelée englobant une histoire de meurtres, des personnages masculins torturés, une lenteur mesurée et des scènes d’action plus intenses. Malgré tout, à force d’en reparler et de réfléchir au film, il semblerait rapidement que le spectateur se retrouve face à un certain nombre d’incohérences. Pourquoi ci, comment cela est arrivé, et lui c’est qui encore, et qu’est-ce qu’il a fait ? La trame reste floue à plusieurs endroits, des choses restent incomprises, et il en va du choix du public de décider de se faire sa propre interprétation ou d’en rester là. Ce film s’apprécie dans sa globalité, sans essayer de creuser trop loin dans l’intrigue, et quelques titilleurs amoureux de logique et cherchant des réponses à tout pourraient s’en trouver gênés. Hormis cela, je pense que l’on peut d’ores et déjà citer le long-métrage de Denis Villeneuve comme l’un des grands films de l’année 2013.

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Prisoners
Prisoners
RéalisateurDenis Villeneuve
ScénaristeAaron Guzikowski
ProducteurBroderick Johnson
DistributeurSND
Bande OriginaleJóhann Jóhannsson
Date de Sortie09 Octobre 2013
GenreThriller
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