Amours Chiennes – 21 Grammes – Babel

La trilogie de Alejandro González Iñárritu

 

       Alejandro González Iñárritu, réalisateur et producteur mexicain né le 15 août 1963 à Mexico, débute en 2000 une trilogie frappante sur le thème du destin avec le film Amours Chiennes. Suivront 21 Grammes en 2004 et Babel en 2006. Malgré leur statut de triptyque, les films peuvent se visionner dans le désordre et sans aucunement avoir vu les autres auparavant; uniques points communs unissant réellement les longs métrages : un concept de réalisation et un thème central, les coïncidences de la vie et les destinées croisées. Rassemblant un nombre impressionnant d’acteurs talentueux et à succès tels que Brad Pitt, Sean Penn, Cate Blanchett, Benicio del Toro, Naomi Watts, Gael García Bernal ou encore Charlotte Gainsbourg, la trilogie a valu au réalisateur un succès mondial et un grand nombre de nominations aux Oscars. Films d’une grande puissance que l’on pourrait surnommer « à tiroir » ou « en poupées russes » par l’usage abondant du procédé d’histoires parallèles (histoires n’ayant à priori aucune liaison entre elles, mais qui finissent toujours par se rejoindre d’une façon ou d’une autre), on y retrouve une teneur intime déchirante, des liens étonnants y sont tissés et de fins portraits de la société mondiale dressés.

ligne

26066-b-amours-chiennes

 Synopsis : Mexico. Un tragique accident de voiture. Les extrêmes de la vie, sous l’angle de trois histoires radicalement différentes : Octavio, un adolescent qui a décidé de s’enfuir avec la femme de son frère ; Daniel, un quadragénaire qui quitte sa femme et ses enfants pour aller vivre avec un top model ; El Chivo, un ex-guérillero communiste devenu tueur à gages, qui n’attend plus rien de la vie.

Premier film du réalisateur, premier opus de la trilogie et donc budget inférieur et casting un rien plus modeste, Amours Chiennes n’en demeure pas moins celui des trois longs-métrages qui a le plus séduit les spectateurs (avec une moyenne de 4 sur 5 sur Allociné, suivi de très près par 21 Grammes puis Babel). Iñárritu, qui émerge à cette époque de l’univers de la publicité, a grandement étonné le monde du cinéma en s’imposant  avec ce film maîtrisé à la perfection, tant au niveau de l’image toujours très juste, moyennant une caméra sur le qui-vive qui donne lieu à une certaine froideur ainsi qu’ à une réelle proximité avec les personnages, que du scénario mordant à la temporalité brouillée. Nommé aux Oscars de 2001 dans la catégorie du meilleur film étranger, le très joliment nommé Amours Chiennes se découpe en trois parties  qui nous plongent dans le quotidien de vie de trois personnes vouées à des destins tragiques ; Octavio, El Chivo et Daniel, accompagnés de leur(s) canidé(s). Sans effets de style inutiles, on se retrouve plongé dans un Mexico sombre et brut, où sont décortiquées les relations humaines, fragiles et animales.  Malgré tout, le film m’a semblé un rien longuet par moments, et le triptyque plutôt inégal : si la partie d’Octavio, interprété par Garcia Bernal, en met plein la vue, les autres semblent assez plates en comparaison. Réalisme cru, acteurs convaincants, présence métaphorique avec cette idée du chien comme prolongement de son maître, Amours Chiennes se place néanmoins dernier dans mon classement sur la trilogie d’Iñárritu… peut-être parce que je n’aime pas la race canine. (Plus sérieusement, il ne faut en aucun cas, pour apprécier le film, être épris des animaux , qui ne sont au final qu’un prétexte à des thématiques bien plus intenses).

ligne

18370253

On dit que nous perdons tous 21 grammes au moment précis de notre mort…
Le poids de cinq pièces de monnaie.
Le poids d’une barre de chocolat.
Le poids d’un colibri.
21 grammes.
Est-ce le poids de notre âme ?
Est-ce le poids de la vie ?
Paul attend une transplantation cardiaque. Cristina, ex-junkie, est mère de deux petites filles. Jack sort de prison et redécouvre la foi.
A cause d’un accident, ils vont s’affronter, se haïr… et s’aimer.

Mêmes si les thématiques et le style sont pratiquement semblables dans les films d’Iñárritu, 21 Grammes demeure sans nul doute mon coup de cœur de la trilogie (peut-être fais-je partie de ce public qui se laisse avant tout éblouir par le casting –je ne pense plus pouvoir cacher mon amour pour Sean Penn). Au centre : un accident de voiture. Comme pour Amours Chiennes, les destins de trois personnages, Jack, Paul et Cristina, qui n’ont au premier abord rien à voir entre eux, vont se trouver étroitement liés dans une spirale de haine et d’amour. On y médite sur le hasard de la vie, sur les remords. Le film est construit comme un puzzle de ces existences fracassées : le scénario fonctionne sur base d’une multitude de flash-back agencés les uns aux autres,  qui font que les plus perspicaces découvriront assez rapidement le lien entre les protagonistes, et les plus naïfs (comme moi) seront surpris à la fin. Il faut un peu de temps pour pénétrer dans l’univers du film ; pas de musique, un style fiévreux, une intimité presque gênante. Puis tout se regroupe très rapidement, et dans mon cas, le charme de ce questionnement sur le destin a opéré. La foi peut-elle apporter la paix après une faute grave ? Une mère peut-elle continuer à aimer et à rire après la perte de ses enfants ? A la suite d’un don d’organes, est-ce que l’autre personne fait désormais un peu partie de nous ? Les personnages se posent presque autant de questions que nous dans la vie réelle. Ce ne sont pas des pantins sans expression comme on peut parfois en trouver dans le cinéma, ils ont une vie, une famille, un passé. La véritable pièce maîtresse du film réside dans la sublime interprétation des comédiens (en 2005, Naomi Watts était nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice, et Benicio del Toro pour l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle).  Sincère, négative et déstructurée, 21 Grammes est une oeuvre complète sur les relations humaines et l’importance de la vie, dont le titre ne prend réellement sa teneur qu’à la toute fin. Les plus courageux ne seront pas déçus d’être passés au travers.

ligne

2

  Synopsis : En plein désert marocain, un coup de feu retentit. Il va déclencher toute une série d’événements qui impliqueront un couple de touristes américains au bord du naufrage, deux jeunes Marocains auteurs d’un crime accidentel, une nourrice qui voyage illégalement avec deux enfants américains, et une adolescente japonaise rebelle dont le père est recherché par la police à Tokyo. Séparés par leurs cultures et leurs modes de vie, ces quatre groupes de personnes vont cependant connaître une même destinée d’isolement et de douleur…

Prix de la mise en scène au Festival de Cannes de 2006, meilleur film dramatique aux Golden Globes de 2007, sept nominations aux Oscars de 2007 (récompensé de l’Oscar de la meilleure musique dramatique), Brad Pitt et Cate Blanchett au casting ; c’est avec Babel que la trilogie d’Iñárritu touche à sa fin et atteint son paroxysme. C’est un film, comme les deux précédents, qu’il faut voir en conditions, et non distraitement entre deux parties de GTA, une bière à la main (petit clin d’œil à mes amis du département jeux vidéo). On est à nouveau très loin du système Hollywoodien classique. Toujours une connexion entre trois groupes de personnages qui n’ont apparemment rien à voir entre eux ; cette fois, le lien entre ceux-ci est un fusil, objet de catastrophe. Babel est une œuvre qui ne ressemble à rien ni  à personne ; un instant froide et désarçonnante, l’instant d’après poignante et faisant naître la compassion. Le réalisateur étend son champ de vision : dans Babel, on voyage  énormément  – du Maroc au Mexique en passant par le Japon -, ce sont tous ces mélanges de sentiments, de cultures, de couleurs, qui donnent sa portée au film. La mise en scène est irréprochable, de scènes d’action frénétiques à des séquences contemplatives très intimes, le long métrage ne retombe jamais en dépit de sa durée. La caméra s’attarde sur des détails, sonde les paysages, les visages, les regards et tire sur les cordes sensibles du spectateur. On nous montre à quel point des drames peuvent rapprocher les personnes entre elles, comme par exemple ce couple qui, au début du film, se trouve au bord de la rupture, et qu’un accident va unir bien plus intensément qu’auparavant. Profonde tristesse et solitude de chacun des personnages, magnifiées par l’interprétation, entre autres, de la jeune japonaise Kikuchi Rinko. On reprochera par moments une certaine platitude à Brad Pitt, qui n’enlève rien à la puissance du film. Babel est une oeuvre de poésie moderne qui se ressent, et avec laquelle Iñárritu persiste et signe un dernier opus brillant.
19e6a6ea-c93a-4d71-950d-7d567d73b1aa

Trilogie Iñárritu – Amours Chiennes/21 Grammes/Babel
5 1 vote