Quelques jours de repos m’ont permis de me plonger dans des lectures et visionner des séries que je convoitais depuis un petit moment. Au programme (dans les deux cas) ? Essentiellement des sagas historiques et autres grandes épopées, l’histoire étant l’un de mes premiers grands amours. Aujourd’hui, c’est donc de la série Versailles dont je voulais vous parler. Sa diffusion sur la chaîne Canal + (dont c’est d’ailleurs une création originale) à partir de la mi-novembre 2015 a été largement médiatisée, à grands renforts de bandes-annonces alléchantes et de nombreux papiers dans les journaux spécialisés. Série franco-canadienne créée par Simon Mirren et David Wolstencroft, elle a disposé pour sa première saison d’un budget colossal de 27 millions d’euros. Construite en dix épisodes d’une cinquantaine de minutes chacun (réalisés à tour de rôle par Jalil Lespert, Cristoph Schrewe, Thomas Vincent et Daniel Roby), Versailles se concentre, du moins pour cette première saison, sur les débuts du règne d’un des plus grands monarques de France, Louis XIV.

Louis XIV dans la série VersaillesAlors que la série débute, nous sommes en 1666. Louis XIV a 28 ans, sa mère, Anne d’Autriche, est morte un an plus tôt, le voilà donc roi de France et seul maître à bord. Son ambition : soumettre la noblesse face à l’autorité royale. Traumatisé par la Fronde (une révolte nobiliaire violence qu’a dû essuyé son père, Louis XIII) durant son enfance, Louis souhaite plus que tout imposer sa puissance. Pour s’éloigner de Paris et asseoir définitivement son pouvoir, il décide de transformer Versailles (alors simple relais de chasse de son père) en un palais somptueux, qui n’aura pas d’égal dans toute la chrétienneté. L’entreprise, titanesque, n’est pourtant pas sans danger : c’est aussi et surtout un gouffre financier et une prise de risques qui va susciter de nombreux mécontentements et faire éclater des jalousies tenaces. Nous faisons ainsi la connaissance du roi et de son entourage : son frère, Philippe d’Orléans, ses conseillers politiques (Colbert et Louvois pour les plus célèbres d’entre eux), sa femme, Marie-Thérèse d’Autriche, et ses innombrables maîtresses. Au sein de la Cour règne un climat délétère où les complots, les intrigues et les manipulations n’épargnent rien ni personne…

Enumérons tout d’abord les qualités de cette série, puisque c’est surtout les griefs que je vais avoir envie de vous exposer. Esthétiquement parlant, cette production colossale est un sans-faute. Certes issue principalement d’un milieu anglo-saxon, la série a été entièrement tournée en France, à Versailles principalement bien sûr mais aussi au château de Vaux-le-Vicomte et dans d’autres chateaux se situant en région parisienne. Les décors, imposants, majestueux, parlent donc d’eux-mêmes et les effets spéciaux, montrant Versailles en pleine construction, sont tout-à-fait convaincants. Les costumes, flamboyants, participent aussi à vous emporter au cœur du Grand Siècle. Enfin, les images léchées, les plans maîtrisés à la quasi-perfection donnent un résultat esthétiquement impeccable. Les dix épisodes sont rondement menés et si l’intrigue ne m’a pas passionnée plus que cela dans les premiers épisodes, mon intérêt s’est grandement accru au fur et à mesure. Du grand divertissement, donc, supporté par une mise en scène impressionnante.

Affiche de la série VersaillesMais alors, qu’est-ce qui cloche ? Tout d’abord, la rigueur historique. Je vous vois venir de loin mes petits coquins. Certes, c’est avant tout de la fiction et il est normal que, dans une certaine mesure, les scénaristes prennent quelques libertés. Cependant ici, les simplifications historiques excessives en viennent à nous montrer des personnages parfois tout-à-fait anachroniques, principalement en termes de psychologie et de mentalités. Versailles nous montre ainsi à travers le personnage de Louis, un roi en proie à une paranoïa intense (qui est telle qu’elle manque parfois de relief) et en fait presque un sociopathe borderline comme dirait nos voisins d’outre-Manche. Ses rapports (empreints de jalousie voire d’une pointe d’hystérie) avec son frère Philippe d’Orléans donnent lieu à de nombreux faux-pas et autres lourdeurs de la part des scénaristes. Les comédiens George Blagden (aperçu dans la série Vikings et qui interprète Louis XIV) et Alexander Vlahos (Philippe) ont beau faire de leur mieux, parfois, vraiment, ça ne marche pas. Mathieu da Vinha, directeur scientifique du Centre de recherche du château de Versailles, a beau avoir été conseiller historique sur la série, le spectaculaire l’a clairement emporté sur l’exactitude historique.

Versailles nous donne également à voir des physiques très contemporains, correspondant effectivement aux canons d’une époque, mais bien la nôtre et en aucun cas, celle du XVIIe siècle. De manière générale, c’est un reproche que l’on peut faire à l’ensemble de cette série, qui décrit le règne de Louis XIV mais en calquant (à outrance) nos représentations contemporaines du Grand Siècle. Je ne donne volontairement pas d’exemples précis afin de ne rien vous révèler pour ceux d’entre vous qui ne l’auraient pas vue mais ces procédés sont assez flagrants au long des dix épisodes.

Enfin, et ceci est à mon sens un reproche que l’on peut faire à nombre de séries actuelles : l’utilisation excessive de trois grands classiques, à savoir le sexe, la torture et les effusions de sang. Quand la série est plus convaincante par ailleurs, j’y prête moins attention mais là… bien sûr… cela devient vite lassant. Pourtant, de là à dire, selon un journal anglais, que Versailles est la série la plus sexuellement explicite de tous les temps…. Euuuuh… Ne poussons pas, merci.

Versailles est donc à rapprocher des séries « historiques » grand public, comme ce fut le cas des Tudors du Britannique Michael Hirst. A mon sens, elle dispose des mêmes qualités (mise en scène, costumes, décors…). Mais aussi des mêmes (gros) défauts. Pour les fans, rassurez-vous : Canal + a déjà lançé le chantier de la saison 2 puisque son tournage a débuté début janvier 2016 mais ne vous attendez pas, dans le meilleur des cas, à une diffusion avant la fin de l’année 2016.

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Versailles – Saison 1 (S. Mirren – D. Wolstencroft)
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