Sur un pont éclairé de flammes résonnent les pas rapides de Tim. L’homme en costume fuit la fumée et la destruction. Il court se réfugier dans un des rares bâtiments restés intacts, l’endroit qu’il appelait maison étant enfant. Il abandonne les souvenirs dont il ne veut plus se rappeler et laisse derrière lui les lettres de feu: BRAID.

Braid est un jeu indépendant développé en 2008 par Jonathan Blow et disponible sur PC, PS3 et Xbox 360 pour une petite quinzaine d’euros. Il met en scène Tim, un jeune homme à la recherche de sa princesse perdue. Rentré chez lui, notre héros entreprend de reconstituer le puzzle de ses souvenirs à l’aide de l’art de mémoire. Cette méthode mnémotechnique consiste à utiliser un lieu bien connu et y déposer mentalement un objet rappelant une partie d’une histoire (ou d’un discours) dans chacune de ses pièces. Il ne reste ainsi qu’à parcourir ledit lieu (physiquement ou en pensée) pièce après pièce pour se rappeler de l’histoire dans sa totalité.

Se promenant dans sa maison comme dans un palais de mémoire, Tim en visite une à une les six salles (qui font donc autant de niveaux utilisant et distordant le temps de façon différente à chaque fois) pour tenter de reconstituer le puzzle qui y est associé. Votre tâche sera d’en retrouver les pièces afin d’atteindre le grenier où repose le souvenir du dernier moment qu’il a passé avec Elle, du moment où il l’a perdue.

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Et ouais, mon gars, j’ai rempli tous les tableaux!

La majorité du jeu se déroule donc dans un univers onirique aux graphismes évoquant des aquarelles et à la musique paisible (quoiqu’un peu répétitive) où l’on saute de nuage en nuage. Mais il est difficile de se rappeler certaines choses. Parfois le temps aide à accepter. Parfois trop de temps est passé. Ainsi, il sera tantôt un allié – vous pouvez retourner en arrière suite à une mort ridicule ou à un saut hasardeux, ralentir des projectiles afin de vous laisser passer un obstacle, etc – tantôt un ennemi lors d’énigmes ardues. Car la difficulté du jeu réside bel et bien dans ses énigmes, plus que dans son aspect plateforme. Et l’on a beau pouvoir remonter le temps (puis, au fur et à mesure, le manipuler de plus en plus efficacement), la difficulté croît au fil de notre avancement pour le plaisir de notre petit cerveau (et, plus précisément, de sa zone masochiste).

Avec une histoire comme celle-ci, on se doute que l’on va nous parler d’Amour. Reste à savoir si ce sera façon Mario (une princesse et de la plateforme, on a de quoi le voir venir) ou de façon plus développée. C’est bien entendu la seconde approche qui est privilégiée mais, en plus d’oser aborder un sujet aussi rabattu, le développeur se paye le luxe de faire ça intelligemment, en évitant les lieux communs et sans prendre le pas sur le plaisir de jeu. Ainsi, le scénario, sans être très présent, arrive tout de même à dire des choses nouvelles (dans l’univers des jeux-video, en tout cas). Enfin, on pourra découvrir une seconde lecture (si tant est que vous aimiez vous creusez la tête à la recherche d’une interprétation) plutôt étonnante.

Quand, au terme d’une petite demi-douzaine d’heures, vous aurez fini de presser votre crâne comme un vieux citron, vous atteindrez le grenier et, au terme de quelques énigmes (qui vous paraîtront facile après ce vous aurez enduré pour en arriver là), le dernier niveau. C’est une des meilleures fins de jeu-video. Sans en révéler trop, disons simplement que tout concourt à cet état de grâce : un parcours millimétré qui donnera des sueurs froides aux amateurs de plateforme, une musique simple et efficace, un enjeu méritant les mêmes qualificatifs et, surtout, un retournement de situation bien amené et diablement intelligent qui donne une nouvelle clef de lecture à l’ensemble de l’œuvre.

 

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Ok, les graphismes ne sont pas le plus important mais c’est quand même mignon tout plein!

Ainsi, vous atteindrez la fin après quelques heures. Le jeu n’offre qu’une durée de vie et une rejouabilité limitée, sauf pour les amateurs de speed run (finir le jeu le plus vite possible) ou les malades qui voudraient découvrir la fin cachée (et ça demande une obstination plus qu’inhumaine), et pourtant, vous vous en rappellerez longtemps ; car plus que les graphismes, la musique ou le gameplay, c’est l’histoire, à la fois trouble et belle, et l’intelligence du propos qui marquent. Si vous décidez d’y jouer, ce jeu prendra sans doute une salle dans votre palais de mémoire.

Braid
Braid
DéveloppeursNumber One
EditeurIndépendant
PlatformePC, Mac, Xbox 360, PS3
Date de sortieAvril 2009
GenreReflexion, Plateforme
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Braid
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