Colm ToibinPuisqu’il est sorti sur nos écrans depuis le 9 mars 2016, voilà l’occasion rêvée de remettre le merveilleux livre de Colm Toibin, Brooklyn (éditions 10/18), au goût du jour.

Réalisé par John Crawley avec la jeune actrice Saoirse Ronan dans le rôle principal, il a été adapté en scénario par Nick Hornby, célèbre auteur britannique (dont j’avais évoqué la pétillante Funny Girl il y a quelques mois ici même). Je ne sais pas vous mais personnellement, j’ai toujours du mal à aller voir des œuvres littéraires transposées à l’écran. Surtout quand j’ai adoré le livre, car je n’ai pas du tout envie de bousculer tout l’imaginaire et l’univers que mon petit cerveau s’est construit tout seul autour des personnages. Je passe donc pour cette fois-ci mais sachez que le film a été sélectionné aux Oscars 2016 (même si il est reparti bredouille) dans trois catégories majeures : meilleure actrice, meilleur film et meilleur scénario adapté. Allez, je ne vous fait pas attendre davantage, je sais que vous brûlez déjà d’impatience…

« Personne de sa famille ne pouvait l’aider. Elle les avait tous perdus. Ils ne seraient jamais informés de ce qu’elle endurait en ce moment; elle n’en parlerait pas dans ses lettres. Et pour cette raison, comprit-elle, ils ne sauraient plus jamais vraiment qui elle était. Peut-être ne l’avaient-ils jamais su, songea t-elle aussitôt après. Car si ça avait été le cas, ils auraient deviné ce que ce départ signifierait pour elle. »

Bien malgré elle, la jeune Eilis Lacey se retrouve à faire partie de la seconde diaspora irlandaise, qui amena de nombreux Irlandais à émigrer aux Etats-Unis durant le cours du XXe siècle. Comme tant d’autres alors, la jeune femme d’une petite vingtaine d’années se voit contrainte de quitter son petit village natal, Enniscorthy (également village natal de l’auteur), faute de pouvoir y trouver un travail. A l’initiative du père Flood, un prêtre irlandais de sa connaissance basé à New-York, Eilis parvient à trouver un emploi de vendeuse dans un grand magasin de Brooklyn. Elle se résigne donc à quitter sa mère, sa grande sœur Rose (qu’elle adore et admire par-dessus tout) et son foyer pour aller tout droit vers l’inconnu. Confrontée au mal du pays, elle va devoir apprendre à affronter les hivers glaçiaux et les étés étouffants de New-York. Elle parvient pourtant petit-à-petit à se faire une place tant bien que mal, s’inscrit à un cours du soir en comptabilité et commence à nouer des liens avec les personnes qui l’entourent. Pourtant, cet équilibre ténu et si fragile vole en éclats et la tragédie n’est jamais loin. A la suite d’une terrible nouvelle, Eilis est obligée de retourner en Irlande auprès des siens. Tout ce qu’elle avait alors imaginé pour sa vie future se change en doutes et en incertitudes… Il sera temps pour elle de prendre des décisions qui changeront complètement le cours de sa vie à jamais…

BrooklynBrooklyn est né du souvenir d’une conversation que l’auteur a entendue dans sa jeunesse et a été, à sa sortie, sélectionné sur la liste du prestigieux Man Booker Prize britannique. A mon sens, nul autre auteur que Colm Toibin ne sait aussi bien décrire les personnages féminins et leur psychologie avec autant d’acuité et de finesse. A travers Eilis, il nous montre une jeune femme de son temps, avec ses espoirs, ses doutes, ses rêves, tout-à-fait crédible et attachante. Toibin capture parfaitement le trouble qui s’empare de son héroïne et le mal du pays d’une jeune fille complètement déracinée de tout ce qu’elle a connu jusqu’alors et le lecteur suit avec une grande émotion son passage, non sans douleurs et renoncements, à l’âge adulte. Il existe, dans ce livre, peu de figures masculines de premier plan car il se veut avant tout un véritable hommage aux femmes irlandaises de cette époque, qui ne souffraient pas en silence comme des petites choses fragiles mais qui ont retroussé leurs manches et ont agi avec dignité, courage et humilité, comme en témoigne le vivifiant portrait d’Eilis, mais aussi ceux de sa mère et de sa sœur aînée.

Si vous vous attendez à une histoire pleine de rebondissements en tous genres et au rythme endiablé, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. En revanche, si vous aimez les romans fins, incroyablement bien écrits, qui explorent tous les recoins de la psychologie humaine et vous décrivent une époque à la perfection, alors Brooklyn vous tend les bras ! L’intrigue, superbement ficelée, nous plonge au cœur d’un New-York au début des années 1950 qui laisse de côté tous les fantasmes. La prose de Toibin s’y dévoile au fur et à mesure, tout en simplicité et en élégance.

C’est personnellement avec ce livre que je suis tombée amoureuse de la plume de Colm Toibin il y a quelques années et j’ai depuis dévoré son Testament de Marie (paru chez Robert Laffont en septembre 2016 et que je vous ai d’ailleurs présenté ici) et nombre de ses recueils de nouvelles en version originale. Brooklyn est un très beau roman sur le passage à l’âge adulte, l’exil mais aussi sur les chemins que l’on décide (ou non, et c’est d’ailleurs là tout le propos du livre) d’emprunter dans la vie. Un véritable must-read !

Pour ceux qui seraient tentés d’aller voir le film, vous pouvez jeter un coup d’oeil à la bande-annonce.  Attention, selon une de mes sources sûres, prévoyez les mouchoirs !

Brooklyn
Brooklyn
AuteurColm Toibin
Editeur10/18
FormatPoche
Date de sortie18 Octobre 2012
GenreRoman
19e6a6ea-c93a-4d71-950d-7d567d73b1aa