… Toc, toc… Il y a quelqu’un? Mes plus plates excuses, chers lecteurs, pour mon manque d’assiduité à la lecture et autres comptes-rendus mais rentrée puis vacances scolaires obligent, me voilà bien accaparée par le devoir (qui n’est pas des plus agréables en ce moment, je vous l’accorde… Je ne vais pas m’appesantir sur le sujet… Les petits copains libraires de France et de Navarre savent de quoi je parle). J’aurais aimé vous dire que je reviens avec une lecture fracassante qui va vous scotcher les fesses par terre (pour être polie) mais… ça n’est malheureusement pas le cas. Ma capacité de concentration du moment étant équivalente à la capacité de mémoire d’un poisson rouge (et les séries télévisées sont bien trop intéressantes et addictives), je me suis plongée avec difficulté dans le roman d’Andrew Miller, Dernier requiem pour les Innocents, lauréat du prestigieux Costa Book Award il y a quelques années et sorti en France en format poche aux éditions Pocket le 1er septembre 2016. Sur le papier, cet ouvrage avait tout pour me plaire : un roman historique sur le Paris foisonnant et fiévreux du XVIIIe siècle. Mais, cette fois-ci, la sauce n’a pas pris ma bonne dame. Enfin, il y a du bon et du moins bon… Prenez votre machine à remonter le temps. Arrêt : la capitale, 1785, au cœur du cimetière des Saints Innocents.

Andrew Miller, auteur du Dernier Requiem pour les Innocents

Andrew Miller, auteur du Dernier Requiem pour les Innocents

Andrew Miller est né à Bristol en 1960. Présenté par la critique comme « l’un des plus talentueux écrivains britanniques de sa génération », Miller a connu le succès (à la fois dans son pays d’origine et à l’international) avec son premier roman, L’Homme sans douleur, en 1997, qui a été traduit dans une trentaine de langues. Il a ensuite publié trois autres romans : Casanova amoureux, Oxygène et enfin, Dernier Requiem pour les Innocents (publié sous le titre original Pure et sorti en grand format dans nos contrées aux éditions Piranha), pour lequel il a reçu le Costa Book Award en 2011. Miller a vécu dans de nombreux pays comme l’Espagne, le Japon, l’Irlande et la France.

« Dans l’église des Innocents, la lumière d’une matinée parisienne tombe comme des cordes fines et grises depuis les hautes fenêtres, mais cela ne trouble guère les ténèbres permanentes du bâtiment. Les piliers, noirs ou presque, s’élèvent comme les restes d’une forêt pétrifiée, leur sommet perdu dans des voilures d’ombre. Dans les chapelles latérales, où aucune chandelle n’a été allumée en cinq ans, l’obscurité s’est assemblée par traînées. »

Fraîchement diplômé, Jean-Baptiste Baratte a quitté sa Normandie natale pour venir exercer ses talents d’ingénieur dans la capitale. Nous sommes alors en 1785, dans la France des Lumières. Il est appelé par l’un des ministres du roi Louis XVI pour accomplir une mission à la fois périlleuse et de la plus haute importance : vider entièrement le cimetière des Saints Innocents, dont les effluves empoisonnent littéralement les habitants du quartier des Halles. Afin de mener à bien cette mission dans les meilleures conditions, le jeune ingénieur est logé dans la maison des Monnard, parents d’une jeune demoiselle, non loin de l’église des Saints Innocents. Mais, dans une société encore profondément catholique où tentent de briller quelques esprits éclairés, la mission de Jean-Baptiste s’avère être un dédale semé d’embûches…

Dernier Requiem pour les Innocents, prix Costa 2011

Dernier Requiem pour les Innocents, prix Costa 2011

L’heure du jugement a sonné (il faut le dire avec un rire sardonique sinon, ça fait moins d’effets…hein?!). Dernier Requiem pour les innocents a globalement été une lecture décevante pour ma part mais tâchons d’être objective quelques instants. L’un des aspects les plus réussis du livre est la mise en scène et la peinture de la vie quotidienne à Paris en cette fin du XVIIIe siècle. Aucun détail, aucune description ne sont laissés au hasard et l’on a véritablement l’impression, tout au long de la lecture, de faire partie de ce quartier des Halles, à la fois repoussant et grouillant d’activité. Quel plaisir de déambuler à travers les rues aux côtés du personnage principal… De ce côté là, mission accomplie pour l’auteur (nul doute que le fait d’avoir vécu dans nos contrées l’a sûrement aidé) qui dispose, par ailleurs, d’une plume subtile et légèrement surannée pour coller à l’époque. La description des mentalités, des bouleversements nombreux connus par une société alors en pleine mutation, touchée par des idées nouvelles, et l’influence des Lumières est particulièrement pertinente également. Après tout, nous sommes seulement quatre ans avant la Révolution, qui porte en elle des valeurs humanistes, tout autant que des pulsions de pure barbarie. C’est cette dualité que nous retrouvons bien retranscrite dans le roman.

Vous vous doutez pourtant que je n’ai pas que des éloges à faire sur ce livre… En effet, l’intrigue, solide et intéressante au départ, pâtine de plus en plus au fur et à mesure pour finalement s’enliser. Le rythme de l’action, très lent à mon sens, finit par porter préjudice au livre et lasser le lecteur. Vient ensuite la question des personnages. En tant que lecteur, il n’est pas forcément nécessaire de s’attacher aux protagonistes pour apprécier l’intrigue. Mais, dans ce Dernier Requiem, aucun des personnages n’est véritablement attachant voire simplement sympathique. On finir par se soucier peu de leur cas… ce qui est dommage lorsque le sort s’acharne sur eux. C’est pour ces raisons que l’ennui finit par pointer le bout de son nez à peine la deuxième moitié du livre entamé…

Grandeurs et désillusions… voilà qui résume bien ma pensée après la lecture de ce Dernier Requiem pour les Innocents du britannique Andrew Miller. A l’origine, le requiem est une prière pour les âmes des défunts. Sans nul doute, avec ce roman, Miller nous montre une société dont l’ordre ancien est à l’agonie. Sous les décombres et les ossements du cimetière, la Révolution gronde.

Dernier Requiem pour les Innocents
Dernier Requiem pour les Innocents
Auteur Dernier Requiem pour les Innocents
Editeur Pocket
Format Poche
Date de sortie 01 Septembre 2016
Genre Roman
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Dernier Requiem pour les Innocents (A. Miller)
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