« Mais pauvrette, tu n’es pas la seule Dont le destin témoigne que la prévoyance peut être vaine; Les plans les mieux conçus des souris et des hommes Avortent bien souvent,Et ne laissent, au lieu de la joie escomptée, Que peine et que douleur. »
Robert Burns

Des fleurs pour Algernon, roman de science-fiction écrit en 1966 par Daniel Keyes, nous parle d’une souris et d’un homme.

La souris, c’est Algernon. Un cobaye de laboratoire qui subit une opération censée la rendre plus intelligente. L’expérience étant un succès (la souris s’échappe des labyrinthes de plus en plus rapidement), les professeurs Nemur et Strauss décident d’exercer leur méthode sur un plus gros modèle.

L’homme, c’est Charlie Gordon. Un arriéré mental qui gagne son pain comme apprenti boulanger. À peine capable de lire et d’écrire, il tiendra pourtant un journal intime tout le temps de l’expérience. Et c’est ce journal, témoin de la progression de Charlie, que nous lisons.

S’il est une chose qu’on remarque d’entrée de jeu dans ce livre, c’est le pari extrêmement osé de nous donner Charlie pour narrateur. En effet, le début du livre est chaotique au possible : confus, bourré de fautes d’orthographes (façon enfant de sept ans), avec une grammaire approximative et une ponctuation inexistante. Et ce parti pris se montre terriblement efficace car on se prend tout de suite d’empathie pour Charlie et on s’émeut de ses progrès. Progrès qui sont d’ailleurs saisissants de rapidité. Mais, les premières joies ne durent pas longtemps car, avec sa nouvelle intelligence, notre narrateur commence à comprendre le monde qui l’entoure, ainsi que la place qu’on lui y donnait jusqu’à présent. Il décide donc de tout quitter pour voler de ses propres ailes.

Charlie est alors au faîte de son intelligence et c’est ici que le récit atteint sa limite. On a beau nous répéter que l’homme est devenu un génie et qu’il accumule les prouesses, on ne le ressent pas beaucoup plus intelligent que nous, dans son style (pourtant si maîtrisé) comme dans ses actes. De plus, c’est à ce moment que l’écrivain tend un petit peu trop la corde de l’intellectuel incompris et malheureux.

Mais ce sentiment d’incompréhension, que tout le monde a dû ressentir au moins une fois dans sa vie seul au fond de son lit, couplé à une prise de distance intellectuelle peu prononcée, nous permet de conserver un lien avec ce génie devenu misanthrope. Comme lui, on est indigné par la façon dont Charlie le simple était considéré, par le mépris qu’il continue de recevoir. Le récit présente un sens de la fatalité tout à fait poignant puisque, Algernon ayant reçu le traitement en premier, on sait que tout ce qui lui arrive arrivera à Charlie. La fin, sans vouloir la révéler (bien qu’elle soit déflorée sur la quatrième de couverture, prudence donc !) est un véritable crève cœur.

Des fleurs pour Algernon, est tour à tour tendre, joyeux, cruel, sarcastique, triste et optimiste. Tout cela par l’intermédiaire d’un personnage qui grandit sous nos yeux et partage toutes ses pensées, créant une relation presque symbiotique avec le lecteur. On a là une histoire qui marque ; la preuve en est que j’ai lu ce livre il y a plus d’un an et suis encore capable d’en écrire une critique.

Si vous avez aimé, vous aimerez aussi (et vice-versa) 

La Hordre du Contrevent, Alain Damasio (2004) : Dans ce roman de fantasy, la Horde est un groupe de vingt-trois qui affrontent à pied le puissant vent qui, dans ce monde, souffle toujours d’est en ouest. Leur but est d’atteindre l’Amont (l’origine de ce vent) et de découvrir le bout du monde. Le style est aussi très particulier car, ici, les vingt-trois protagonistes s’adressent à nous, ce relais pour nous confier l’histoire de la 34ème Horde, chacun à sa façon si personnelle.

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Phenomenon, de Jon Turtletaub (1996) : Si Des fleurs pour Algernon était un film neuneu avec John Travolta et où l’objectif principal serait de séduire la fille, ce serait Phenomenon. Les scénaristes manquent en plus complètement l’intérêt de la thématique en ajoutant des pouvoirs télékinétiques au protagoniste pour justifier le rejet dont il est l’objet…

Le livre a aussi connu deux adaptations pour le grand (Charly, 1968) , puis le petit écran (Des fleurs pour Algernon, film franco-suisse de 2006). Les critiques ne sont pas mauvaises mais il me semble périlleux d’adapter un livre où l’écriture prend une place aussi importante sur un autre format.

Des fleurs pour Algernon
des fleurs pour algernon
AuteurDaniel Keyes
EditeurJ’ai Lu
FormatPoche
Date de sortie25 Aout 2012
GenreRoman (dernière parution)
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Des fleurs pour Algernon
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