Il y a de l’amour dans l’air comme dirait l’autre… A l’heure où je commence à vous écrire ces quelques lignes, nous sommes le jour de la Saint-Valentin. Honnie par les un(e)s, un must have pour les autres, cette fête, dans les commerces comme ailleurs, a encore de beaux jours devant elle. Chaque année donc, vous voyez s’étaler devant vos yeux dans les vitrines des magasins chocolats, fleurs, parfums et autres petites surprises en tous genres… Ma librairie ne fait, bien sûr, pas exception. Cette fois-ci encore, nous avons sélectionné les plus belles histoires qui vont faire fondre votre petit cœur. Ou pas (mais si ça n’est pas définitivement pas votre genre, ne vous inquiétez pas, nous avons aussi plein d’autres belles choses en boutique). Je dois bien reconnaître que les jolies romances qui dégoûlinent de bons sentiments ou la mode (mon Dieu, faites que cela s’arrête bientôt) du pseudo « érotico-bluette »… Hum. Très peu pour moi. Il y a en peut-être que ça émoustille (et c’est, cela dit, votre droit le plus absolu) mais je ne fais pas partie du lot. Alors, pour ceux et celles qui se reconnaîtraient dans mon cas, une belle histoire d’amour sans chichis, ni niaiseries, c’est possible ? Evidemment M’ssieurs Dames. Même que je suis sur le point de vous en présenter une (bon, d’accord, je triche, ça ne parle pas que d’amour. Ou alors d’amour au sens large). Voici un vrai petit bijou littéraire qui illuminera vos soirées lecture. Le seul hic ? C’est un livre en version originale anglaise et il ne débarquera sur le marché que dans le courant du mois de mai (le 18, si cela ne change pas en cours de route). D’ici là, que vous soyez célibataire ou avec un(e) Valentin(e), vous avez, vous aussi, le droit de vous jeter devant la télé avec un gros pot de glace. Vanille.

Gail Honeyman

Gail Honeyman, auteure d’Eleanor Oliphant

Premier roman oblige, peu de choses circulent à ce jour sur son auteure, une Ecossaise prénommée Gail Honeyman. Son premier roman, objet de notre article du jour, Eleanor Oliphant is completely fine, a été l’une des grandes sensations lors de la Francfurt Book Fair en 2015. Son éditrice, Madeleine Millburn, y a vendu le manuscript à 27 pays (de nombreuses traductions devraient être donc en cours). Gail Honeyman, a travaillé sur ce texte pendant trois ans, en parallèle avec son travail à l’Université de Glasgow, dont elle est diplômée. Pour cet ouvrage, la romancière a été finaliste du Lucy Cavendish Fiction Prize. Grand succès annoncé Outre-Manche et à travers le monde, c’est la maison d’édition Fleuve qui semble être sur les rangs pour la publication française. Eleanor Oliphant is completely fine est d’ores et déjà comparé à The Unlikely pilgrimage of Harold Fry de Rachel Joyce (publié en France par les éditions Pocket et coup de cœur Attractive Area) et au Rosie Project (également chez Pocket) de Graeme Simsion.

Eleanor Oliphant est une jeune femme de 31 ans, dont le quotidien est reglé comme du papier à musique. Elle mène une vie simple, où tout imprévu est banni. Elle porte les mêmes vêtements au travail tous les jours, mange le même déjeuner tous les jours et chaque vendredi, achète deux bouteilles de vodka au supermarché pour le week-end. Ce drôle, singulier petit bout de femme vit seule, sans amis autour d’elle, a une aversion pour toute forme de rapports sociaux et elle est souvent la cible des moqueries de ses collègues (elle travaille au service comptabilité d’une entreprise). Chaque mercredi, elle reçoit un coup de fil de sa mère, avec laquelle elle entretient des relations pour le moins compliquées. Un jour, en sortant du travail, forcée par les circonstances, Eleanor va accomplir un geste de bonté envers un autre être humain et c’est toute sa vie qui, petit à petit, va s’en trouver chamboulée. Car le lecteur le comprend très vite, Eleanor a un lourd passé. Les évènements qui ont jalonné son existence ne lui ont enseigné qu’une chose : apprendre à survivre.

Eleanor Oliphant, premier roman de Gail Honeyman

Eleanor Oliphant, premier roman de Gail Honeyman

Ce qui s’annonçait comme un petit roman sans prétentions mais fort sympathique devient, au fil des pages, bien plus que cela. Le personnage d’Eleanor est littéralement extraordinaire. Complètement control freak et déjantée à sa façon, elle a tout de même véritablement fait fondre mon cœur de lectrice. Ses petites manies et autres obsessions la rendent attachante et la découverte, par petites touches savamment distillées, de son passé permet progressivement de la comprendre. A quelques exceptions près (heureusement), il est facile de s’identifier à cette jeune femme, cabossée à de nombreuses reprises par la vie et qui, pourtant, ne renonce jamais. Décalée, unique, lumineuse et parfois exaspérante, Eleanor Oliphant est FABULEUSE.

L’une des autres grandes réussites du roman de Gail Honeyman est la facilité avec laquelle celle-ci alterne les moments légers avec des passages beaucoup plus lourds en termes d’émotions. Les dialogues sont relevés à souhait, très souvent cocasses, pleins d’esprit et en disent généralement long sur les personnages qui les prononcent. La force de l’écriture de cette primo-romancière est qu’elle suggère plutôt qu’elle n’explicite. A travers un humour plutôt salé, tendre et cynique à la fois, G. Honeyman nous ouvre la porte pour plonger dans le passé de son héroïne. Et des démons, Eleanor en a à combattre : une mère véritablement toxique, un passé amoureux plus que chargé, une solitude de plus en plus pesante… Mais la jeune femme a de l’humour (a de nombreuses reprises malgré elle d’ailleurs) et c’est probablement cela, avec son quotidien reglé à la minute, qui l’a aidée à se (sur)protéger toutes ces années. Petit à petit, Eleanor va apprendre à sortir de la tour d’ivoire dans laquelle elle s’est enfermée et se rendre compte que sa vie, qui la satisfaisait en apparence jusqu’à présent, peut être justement bien plus que satisfaisante.

Avec Eleanor Oliphant is completely fine, Gail Honeyman nous offre un premier roman à la fois drôle, émouvant et complètement imprévisible. A travers le parcours de cette jeune trentenaire cabossée par la vie, la romancière explore des thèmes douloureux avec subtilité et justesse. Nul doute qu’Eleanor Oliphant, héroïne attachante qui part à la découverte d’elle-même sur environ 400 pages inoubliables, accomplira un beau voyage dans les librairies anglo-saxonnes et du monde entier. C’est, en tout cas, tout le mal que je lui souhaite.

Eleanor Oliphant is completely fine
AuteurGail Honeyman
EditeurHarper Collins
FormatGrand Format
Date de sortie18 mai 2017
GenreRoman
19e6a6ea-c93a-4d71-950d-7d567d73b1aa