Et bien, une fois n’est pas coutume, sous les feux des projecteurs aujourd’hui sur Attractive Area, après La Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant, un autre roman de la rentrée littéraire (oui, encore, et ça n’est pas fini mes petits poussins) française ! Si de nombreux textes m’ont plu dans les sorties toutes récentes et que 2017 s’annonce comme un excellent cru littéraire de mon point de vue, c’est la maison d’édition Albin Michel qui a particulièrement retenu mon attention cette année et qui fait une rentrée de toute beauté. J’aurai probablement l’occasion de vous parler (si vous êtes sages) du texte fulgurant de Colson Whitehead, The Undergroud Railroad, (dont on entend les éloges un peu partout) ou de Bakhita de Véronique Olmi mais avant, place au roman de Nicolas d’Estienne d’Orves, La gloire des maudits, sorti en librairie le 23 août. Sans hésiter l’un de mes romans coup de cœur de cette rentrée. Il faut dire qu’il avait tout pour me plaire…

Nicolas d'Estienne d'Orves

Le romancier Nicolas d’Estienne d’Orves

Nicolas d’Estienne d’Orves, écrivain et journaliste, est né à Paris le 10 septembre 1974. Mélomane confirmé, il a animé une chronique sur la radio France Musique dans l’émission de Benoît Duteurtre, Ecoutez-moi Benoît. Il collabore également au Figaro Littéraire, à Madame Figaro, au Figaro Magazine et au Spectacle du Monde. Côté littérature, il est l’auteur de plusieurs nouvelles, essais et romans mais si vous avez déjà entendu parler de ce romancier, c’est sûrement pour son livre Les fidélités successives, paru chez Albin Michel en 2012 (désormais disponible en poche aux éditions Livre de Poche) et qui a reçu le prix Cazes Brasserie-Lipp. Dans ce roman, N. d’Estienne d’Orves s’est attaché à décrire la France collaborationniste de 1940, occupée par l’armée allemande à travers les trajectoires de Guillaume, Pauline et Victor. Sans constituer en aucun cas une suite à ces Fidélités successives, La Gloire des Maudits s’inscrit dans l’envie de Nicolas d’Estienne d’Orves de raconter cette France contemporaine et de mettre en lumière ses zones d’ombre… Ce roman figure dans la première sélection du Prix Interallié 2017.

La Gloire des maudits se situe donc dans l’immédiat après-guerre. Il met d’emblée en scène deux personnages féminins : la première, Sidonie Porel, est une grande romancière, présidente de l’académie Goncourt, encensée par la critique et les lecteurs tandis que la seconde, la jeune Gabrielle Valoria, a vu son père (considéré comme un collaborateur), exécuté sous ses yeux à la Libération. Très vite, l’intrigue va les lier l’une à l’autre. Un personnage entre en scène et se charge de dire à Gabrielle que Sidonie n’est peut-être pas la grande dame que l’on pense et va lui demander d’enquêter sur le passé, pour le moins trouble, de cette femme énigmatique aux multiples facettes… Je m’en voudrais de vous dévoiler davantage l’intrigue de ce fabuleux roman tant elle recelle de surprises et de rebondissements.

La Gloire des maudits, dernier roman de N. d’Estienne d’Orves

La Gloire des maudits est avant tout l’occasion d’un voyage vertigineux dans la France des années 1950. L’auteur, qui avait déjà mis en évidence sa fascination pour cette période dans Les fidélités successives, dresse littéralement le tableau d’une société malade, où le mensonge règne en maître. Le mensonge et la manipulation sont partout et deviennent la matrice de tous les personnages, fort différents les uns des autres au demeurant. Pourtant, tous ont en commun une obsession : se racheter une conduite et se faire passer pour ce qu’il n’ont pas été pendant la période de l’Occupation. Cette période complexe est extrêmement bien mise en lumière par l’auteur qui montre à son lecteur comment, à leur sortie de prison au tout début des années 1950, les « collabos » essayent de se réinsérer dans la société et surtout, comment ils parviennent à s’inventer des vies, qui ne sont généralement qu’un tissu de mensonges.

La Gloire des maudits est aussi une grande fresque qui étudie, scrute presque, les milieux littéraires et artistiques de l’époque. On sent que Nicolas d’Estienne d’Orves s’amuse, tel un marionnettiste, à mélanger les personnages issus de sa propre imagination avec des personnalités ayant réellement existé. Au lecteur de remettre dans le bon ordre les pièces du puzzle… Le romancier prend également un malin plaisir (et avec quelle maîtrise !) à faire tomber les masques et faire évoluer ses personnages au fil du récit. Rien n’est jamais manichéen et les protagonistes sont tout aussi troubles que l’époque dans laquelle ils évoluent.

Ce roman est également un vrai plaisir de lecture de par le style du romancier. A la fois fresque, roman historique et intrigue policière, l’auteur mélange les codes, les genres et parvient à aggriper son lecteur jusqu’à la dernière page. Il y a un tel souffle, un tel rythme dans l’écriture de N. d’Estienne d’Orves qu’il est impossible de ne pas se laisser happer par ce récit à la fois haletant et vertigineux à de nombreux points de vue. Croyez-moi, quand vous tombez entre ses griffes, il n’y a plus moyen de vous en dépéguer !

Je pense que vous l’aurez compris, j’ai été totalement conquise par le nouveau roman de Nicolas d’Estienne d’Orves, La Gloire des Maudits. Fresque passionnante sur l’immédiat après-guerre, cette histoire de famille, de mensonge et de vengeance vous plonge dans une France dont les blessures et les divisions sont encore à vif. En ressucitant, sans fards ni paillettes, le Paris littéraire et artistique des années 1950, ce roman est bien la preuve que « les guerres ne se terminent jamais ».

La gloire des maudits
AuteurNicolas d’Estienne d’Orves
EditeurAlbin Michel
FormatGrand Format
Date de sortie23 août 2017
GenreRoman
19e6a6ea-c93a-4d71-950d-7d567d73b1aa
La gloire des maudits (N. d’Estienne d’Orves)
5 2 votes