… Piou, piou, piou… Je me faufile par cette petite porte entrouverte… Il a l’air de faire bon par ici… C’est un petit peu rouge d’embarras de vous avoir si lâchement abandonnés ces dernières semaines sans trop prévenir que je reviens vers vous sur la pointe des pieds. Ca n’est pas que j’insinue que vous ne vivez que pour la lecture de mes chroniques et autres blablas (ben quoi, on peut rêver non?!) mais bon, tout de même, il est temps que les affaires sérieuses reprennent. Entre deux ou trois très vilains microbes pas beaux et une vie quotidienne plutôt chargée pour le moment, je vous avoue que j’ai peu de temps (ou, en tout cas, pas autant que je ne le souhaiterais) à consacrer à la lecture. Et comme je suis plutôt du genre contradictoire et compliquée comme fille (cachez ce petit sourire ironique immédiatement de votre visage s’il-vous-plaît), depuis quelques semaines, j’aime lire des gros pavés. Genre gros roman historique qui fait plus de 500 pages. En anglais. Autant vous dire que, même en étant fluent, j’avance à la vitesse d’un escargot neurasthénique (oui, parce qu’en plus, Mamie est fatiguée donc Mamie a du mal à lire le soir). Cela ne m’a tout de même pas empêchée de m’enthousiasmer pour le nouveau roman de la Britannique Sarah Dunant, In the name of the family, qui nous plonge dans l’Italie du XVIe siècle, au cœur des manipulations de la famille Borgia.

La romancière Sarah Dunant

Sarah Dunant est née le 8 août 1950 à Londres. Femme de lettres (elle écrit aussi bien des romans historiques que des romans policiers), elle est également critique littéraire et journaliste. Après des études d’histoire à l’Université de Cambridge et un séjour au Japon, elle travaille pour un magazine d’informations sur la BBC4. Elle est l’une des fondatrices du prix Orange, aujourd’hui repabtisé le Baileys Women’s Prize for Fiction, qui honore chaque année l’oeuvre d’une romancière. Elle publie régulièrement des critiques littéraires dans des journaux tels que The Times, The Guardian et The Independent. En 2000, la découverte de la ville de Florence en Italie marque un véritable tournant dans sa vie. A partir de cette date, S. Dunant se consacre à l’écriture de romans centrés sur la période de la Renaissance italienne. Après The Birth of Venus (La naissance de Vénus en VF chez J’ai Lu) et Sacred Hearts, entre autres, la voilà de retour après plusieurs années d’absence, avec un nouveau roman dont les protagonistes sont de nouveau (après Blood and Beauty en 2013) les Borgias.

Le XVIe siècle s’ouvre à peine. Depuis presque dix ans, un pape sulfureux règne sur le Vatican et sur la chrétienneté toute entière. Son nom ? Alexandre VI. Venu d’Espagne et issu d’une famille noble installée dans le royaume de Valence, Rodrigo Borgia devient le « représentant de Dieu sur Terre » en août 1492 (après l’achat probable de certains votes). Sa vie dissolue, indigne d’un homme d’Eglise selon ses contemporains, fait scandale. Nombreuses maîtresses, au moins six enfants reconnus… Le monsieur était donc loin d’être un enfant de choeur. Au moment où débute le roman, le règne flamboyant et terrifiant de la famille Borgia touche (presque) à sa fin. In the name of the family se concentre sur quelques protagonistes clés : Alexandre VI bien sûr, son fils Cesare (brillant, impitoyable, passé maître dans l’art des manigances en tous genres), sa fille Lucrezia (bien que chérie par son père et son frère, l’époque fait bien sûr d’elle un pion diplomatique dont les mariages ne sont là que pour renforcer des alliances politiques) et un jeune diplomate alors inconnu, Niccolo Machiavelli. Plus connu en France sous le nom de Nicolas Machiavel, c’est de Cesare Borgia dont il s’est inspiré pour écrire sa grande œuvre de théorie politique, Le Prince, en 1532…

In the name of the family, le nouveau roman de S. Dunant

In the name of the family, le nouveau roman de S. Dunant

Avec ce nouveau roman, Sarah Dunant parvient à merveille à conjuguer rigueur historique et divertissement. Il y a quelques années, elle fut d’ailleurs l’une des voix qui se sont unies afin de réclamer plus de véracité historique dans les productions télévisuelles, notamment en ce qui concernait la série produite alors par la chaîne Showtime, The Borgias (avec Jeremy Irons dans le rôle du Saint-Père). Petite parenthèse : je ne sais pas si vous avez vu cette série mais, de mon humble point de vue, c’est une véritable catastrophe. Anachronismes à gogo, élucubrations douteuses des scénaristes… bref, tout y est. A côté, la série britannique The Tudors fait figure de référence, c’est dire ! Mais revenons-en à nos moutons. Avec In the name of the family, la romancière allie avec une grande habileté donc des faits historiques avec ce qui relève bien sûr de la fiction mais toujours en veillant à s’inscrire parfaitement dans l’époque et les mentalités. Les personnages, très différents les uns des autres, sont passionnants. Quel plaisir de lecteur de pouvoir les suivre dans leurs trajectoires personnelles. Le personnage qui se distingue le plus est, sans conteste, celui de Lucrèce Borgia. Elle tire petit à petit une grande force de sa position et prend de l’ampleur au fil du roman, ne se résumant ainsi pas au rôle fade de la noble assujetie aux désirs des hommes de sa famille. Cesare, dans un autre style, a un parcours tout aussi intéressant : froid, machiavélique (tiens, tiens, ça ne vous rappelle pas quelque chose?), impitoyable et d’une intelligence à faire froid dans le dos. Ses face-à-face avec Machiavel font partie des grands moments du roman. Un seul petit bémol ? On peut trouver quelques longueurs à ce texte fleuve de près de 500 pages mais cela est vite rattrapé par la qualité des descriptions et la beauté de la langue.

In the name of the family est un très bon roman historique qui vous emportera au cœur de l’Italie bouillonante du début du XVIe siècle. L’auteure tisse avec dextérité sa toile entre intrigues politiques, amoureuses et saga familiale. Ne vous laissez pas effrayer par l’épaisseur physique du livre (et un niveau intermédiaire solide en anglais vous suffira), il saura, je l’espère, vous conquérir par ses nombreux atouts.

In the name of the family
AuteurSarah Dunant
EditeurVirago
FormatGrand Format
Date de sortie02 mars 2017
GenreRoman Historique
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