A l’occasion de la sortie du film Jack et la Mécanique du Cœur annoncée pour février 2014 en France (voir la   bande annonce ici), l’envie m’est venue de vous parler du roman dont sera tiré le long-métrage, intitulé plus sobrement   La Mécanique du Cœur et écrit  par Mathias Malzieu, chanteur charismatique du groupe de rock français Dionysos.

Publié le 22 octobre 2007 chez Flammarion (et plus tard chez Le Livre de Poche), ce récit a la particularité d’avoir inspiré l’album éponyme du groupe Dionysos, sorti un rien de temps plus tard dans les bacs, le 5 novembre 2007.   L’histoire contée est identique à celle chantée à travers les quelques dix-huit titres du CD, à tel point que celui-ci pourrait être considéré comme la bande sonore du premier ; les deux s’accompagnent à merveille et je ne peux que conseiller à toute personne possédant l’un sans l’autre de remédier à cela. Les différents personnages de l’histoire sont au fil des chansons incarnés par diverses personnalités de la musique ou du cinéma français : Emily Loizeau, Arthur H, Olivia Ruiz (compagne de Mathias Malzieu à l’époque), Rossy de Palma, Grand Corps Malade, Jean Rochefort, Eric Cantona ou encore le très regretté Alain Bashung (parmi ces derniers, certains ont également prêté leur voix à leur protagoniste dans le film). Pour ma part, lire le livre en écoutant l’album n’a en aucun cas influencé mon imagination quant à l’apparence de l’un ou l’autre héros, me permettant au contraire de les visualiser encore mieux grâce à l’audition des voix et de leurs intonations ; je vous laisse vous faire votre propre idée en proposant deux titres essentiels à l’histoire, Le Jour le Plus Froid du Monde (interprété en duo avec Emily Loizeau) et Le Thème de Joe, déclamé par Grand Corps Malade -les titres Tais-toi Mon Coeur et L’Homme Sans Trucage sont passés en radio. Le roman est un best-seller, il est resté plus de vingt semaines dans le top des meilleures ventes en France, et l’album s’est vu attribuer un disque d’or.

La Mécanique du Coeur commence à Edimbourg en 1874 et raconte l’histoire de Jack, petit garçon né le jour le plus froid du monde avec le coeur gelé. Docteur Madeleine, la sage-femme qui l’a mis au monde, parvient à le sauver en greffant une horloge sur l’organe, aidant celui-ci à battre à rythme normal. Jack gagne donc la vie grâce à ce coeur bricolé, mais cela comporte bien sûr des inconvénients : il doit remonter son horloge chaque jour et surtout éviter toute émotion forte, par exemple ne pas se mettre en colère, et bien évidemment ne pas tomber amoureux. Arrive ce qui devait arriver, le jeune homme rencontre un beau jour Miss Acacia, une petite chanteuse de rue, et tombe sous le charme. S’ensuivent maintes aventures et rencontres avec toutes sortes de personnages atypiques.

Ses bras ressemblent à des branches et ses cheveux noirs ondulés embrasent son visage comme l’ombre d’un incendie. Son nez magnifiquement bien dessiné est si minuscule que je me demande comment elle peut respirer avec – à mon avis, il est juste là pour décorer. Elle danse comme un oiseau en équilibre sur des talons aiguilles, féminins échafaudages. Ses yeux sont immenses, on peut prendre le temps de regarder à l’intérieur. On y lit une détermination farouche. Elle a un port de tête altier, telle une danseuse de flamenco miniature. Ses seins ressemblent à deux petites meringues si merveilleusement bien cuites qu’il serait inconvenant de ne pas les dévorer sur-le-champ.

Je peux parler sans mal de La Mécanique du Coeur comme du roman qui a bercé toute mon adolescence (je me vois encore le soir dans mon lit souligner au crayon ordinaire mes extraits favoris dans un livre corné à force de relectures). L’auteur nous livre, à travers un univers fantastique à la Edward aux Mains d’Argent de Tim Burton, une épopée sensible centrée sur le parcours initiatique d’un jeune marginal ; premières amours, premières souffrances et ce qui s’ensuit. Le bouquin se lit à toute vitesse avec aisance et Mathias Malzieu parvient à transmettre à son lecteur un nombre inimaginable d’images folles au moyen de métaphores, de comparaisons, de descriptions minutieuses et de tournures alambiquées de toutes sortes. La Mécanique du Coeur offre beaucoup de couleurs, beaucoup de sentiments et de frissons, on ressent la plume du musicien qui vit son écriture en musique, tout en rythme et en rebondissements. Si le résumé rapide du roman  et le principe du livre/CD vous plaisent, je vous conseille de vous précipiter dans sa lecture avant la sortie du film d’animation (la version du Livre de Poche -moins esthétique que celle de Flammarion- est disponible à un prix très modique), et je vous laisse en l’agréable compagnie de Jack, Madeleine, le Hamster Cunnilingus, George Méliès et tous les autres.

N.B. : Pour tous ceux qui auraient apprécié La Mécanique du Coeur et souhaiteraient aller plus loin dans l’univers d’écriture de Mathias Malzieu, je recommande également le roman Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, qui raconte de quelle manière l’auteur a surmonté le décès de sa mère, toujours dans un univers fantastique et décalé.

La mécanique du coeur
La Mécanique du coeur
AuteurMathias Malzieu
EditeurJ’ai lu
FormatPoche
Date de sortie30 Mars 2009
GenreRoman
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La Mécanique du Coeur
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