Ce mercredi 6 novembre sortira en salle La stratégie Ender (Ender’s Game) de Gavin Hood. À cette occasion, nous parlerons du livre dont le film est tiré et évaluerons les attentes que nous pouvons espérer pour ce dernier.

La stratégie Ender, roman de science-fiction écrit en 1985 par Orson Scott Card, est le premier opus du Cycle d’Ender qui regroupe plus d’une dizaine de tomes. Le livre se suffit néanmoins à lui-même et peut être considéré comme une histoire à part entière.

Tout commence quand Andrew Wiggin, 6 ans, est enrôlé par le colonel Graff pour entrer à l’École de Guerre, laissant son frère, Peter, et sa sœur, Valentine, sur une terre à la politique troublée. Il est donc un “troisième” (d’où il tire son surnom Ender, “celui qui termine” en anglais) dans une société où les enfants sont limités à deux par famille. Sa naissance a été autorisée car ses frères et sœurs étaient particulièrement brillants et qu’on espérait pouvoir faire de lui un atout important dans la guerre intergalactique que l’humanité mène contre les Doryphores. On suit donc le parcours militaire d’Ender, formé à tuer dès l’enfance par des professeurs qui se montrent sans pitié car ils sont convaincus que c’est lui qui terminera la guerre.

Tout au long de son parcours, Ender rencontrera de nombreuses personnes ; certains seront des amis, d’autres des tortionnaires et, la plupart, des ennemis. Ce qui est intéressant, c’est que plus de personnages appartiennent en même temps aux deux premières catégories qu’aux deux dernières… Et la majeure partie du livre est consacrée aux relations d’Ender avec les autres, à ses réflexions et à son insoumission face à ceux qui essayent, consciemment ou non, de le manipuler et de le transformer en tueur. L’état de ses pensées est, en plus des descriptions classiques, exprimé par son jeu personnel ; une sorte de jeu-video immersif qui répond de façon symbolique (et ressemblant donc fortement à un rêve) à l’état psychologique de celui qui y joue. Mais ce n’est pas le seul jeu qu’offre l’École de Guerre. Un autre, simplement appelé “Le Jeu” consiste en l’affrontement d’armées (groupes d’une quarantaine d’élèves dirigés par les plus brillants) dans des salles à gravité zéro. Ces combats nous offrent de bons moments de stratégie.

Mais Ender n’est pas le seul stratège de la famille et, tandis qu’il se transforme en guerrier, son frère et sa soeur s’essayent à la politique en distillant leurs idées sur le Réseau sous les pseudonymes de Démosthène et Locke. Si, exploit rare en science-fiction, la technologie utilisée ici paraît encore crédible à notre époque (le Réseau ressemble à l’internet d’aujourd’hui mais avec accès limité aux plus de 18 ans… un peu plus sérieux donc), le propos est un peu dépassé puisque l’intrigue politique tourne autour du pacte de Varsovie (dissout en 1991). Ce défaut est, en fait, applicable à tout le roman : bien que la technologie exposée ne semble pas dépassée (au contraire, par exemple de certains grands films de SF avec des écrans cathodiques en vert et noir), une partie du propos et des thématiques politiques (course à l’armement, gouvernement militaire, hostilité envers l’inconnu,…) sonne très années 80/guerre froide. De plus, cette partie politique (tout de même très intéressante) est un petit peu survolée, comme d’autres parties qu’on aurait aimé voir plus développées ; l’autre défaut de ce livre est donc que l’histoire racontée est trop ambitieuse pour ces quelques 400 pages.

Heureusement, le roman reste extrêmement riche grâce à l’exploitation de thèmes intemporels comme la peur de l’autre, le parcours initiatique et la perte de l’enfance et de l’innocence, ou carrément visionnaires (la guerre par drones, notamment).

Qu’attendre du film ?

Du point de vue des acteurs, pas d’inquiétude : Ender sera campé par Asa Butterfield, le Hugo Cabret de Scorsese. Il sera supporté dans sa dure tâche par de grands acteurs tels que Harrison Ford ou Ben Kingsley.

On sait qu’il est parfois difficile de transformer 400 pages de livre en deux heures de film. C’est pourquoi le réalisateur jugera sans doute bon de resserrer l’intrigue autour d’Ender et d’oublier la partie autour de Peter et Valentine (qui n’est de toute façon plus d’actualité). L’homme qui a dû faire ce choix se nomme Gavin Hood, un réalisateur capable du meilleur (mon nom est Tsotsi) comme du pire (X-men Origins: Wolverine). C’est à travers ces deux films que nous chercherons à savoir ce qu’Ender peut valoir.

Mon nom est Tsotsi raconte l’histoire d’un jeune sud-africain vivant dans une banlieue près de Johannesburg. Tsotsi signifie “voyou” car il a complètement abandonné son identité. Un jour, lors d’un de ses méfaits, il kidnappe par hasard un bébé et va commencer à s’occuper de lui. Le film est intéressant, avec une réalisation simple et efficace et plutôt émouvant.

Ce qui est interpellant, c’est que Tsotsi ressemble en plusieurs points à Ender (jusqu’à l’utilisation d’un surnom qui définit sa fonction et prend plus d’importance que son nom) : c’est un enfant qui a dû grandir trop vite dans un monde qui lui était hostile.

Passons au cas malheureux : Wolverine. Ce film est un amoncellement de scènes à gros effets spéciaux, d’apparitions éclairs et inutiles de personnages populaires du comic original (Gambit, Deadpool) et d’incohérences par rapport à la saga principale (X-men pour les deux qui ne suivent pas dans le fond).

Entre Wolverine et Tsotsi, on a un grand écart digne d’une acrobate chinoise aux jeux olympiques. On peut se demander comment le même réalisateur a pu pondre ce tas de mauvais goût. Je pense qu’il n’avait tout simplement pas compris ce qu’il avait entre les mains. Il a pris la licence pour ce qu’elle n’était pas : des films à explosion pour un public de gosses décérébrés ; et il ne connaissait manifestement pas l’oeuvre de base (ce qui est, on le concède, compliqué quand il s’agit d’une franchise qui dure depuis presque cinquante ans).

Notre réalisateur peut donc prendre deux directions : s’appuyer sur son expérience avec Wolverine pour donner de gros effets spéciaux à un film sensible et intelligent (synthétiser ce qu’il sait, en fait) ou prendre le livre pour une autre licence à gros sous et nous servir de l’explosion sans réflexion (pas bien). Rendez-vous dans la suite de l’article pour connaître le fin mot de l’histoire!

La Stratégie Ender
Stratégie Ender
AuteurOrson Scott Card
EditeurJ’ai Lu
FormatPoche
Date de sortie28 Septembre 2013
GenreRoman
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La stratégie Ender (partie 1)
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