Clélia Anfray

Clélia Anfray

Ca y est, nous sommes le 27 août et la rentrée littéraire bat désormais son plein depuis une dizaine de jours en librairie. Pas moins de 589 romans vont débarquer dans vos rayons d’ici le début du mois de novembre et les plus attendus sont déjà en tête des gondoles : Delphine de Vigan, Amélie Nothomb, Mathias Enard, Simon Libérati, Christine Angot et d’autres se partagent actuellement les parts du gâteau.

Votre libraire masquée a bien évidemment parcouru les plus emblématiques de cette rentrée et a déjà sélectionné quelques favoris dans la compétition. Parmi ces derniers, un ouvrage paru dans la fameuse (et jolie) collection Blanche de Gallimard, Le Censeur de Clélia Anfray. Cette romancière, née en 1973 et agrégée de Lettres Modernes, a soutenu en 2003 une thèse de doctorat à l’université Paris IV-Sorbonne sur la réécriture des mythes dans l’oeuvre d’Emile Zola. Elle est également historienne de la littérature du XIXe siècle. Elle a publié son premier roman, Le Coursier de Valenciennes, en 2012 aux éditions Gallimard. Librement inspiré de l’histoire du poète juif Pierre Créange, mort à Auschwitz, ce livre a été sélectionné par l’hebdomadaire Télérama parmi les dix meilleurs romans de la rentrée cette année-là. Après Monsieur Loriot (2014), elle nous revient donc depuis le 24 août avec un troisième roman de haute volée qui évoque la vie littéraire du XIXe siècle…

« Brifaut détestait être bousculé. Il s’accommodait si parfaitement de cette vie mondaine où on l’accueillait partout en prince qu’il craignait de devoir faire un mauvais choix. Renoncer à une vie oisive pour une autre dans laquelle il jouirait certes de plus de pouvoir et de considération… Il craignait de renoncer au bonheur. D’ailleurs, sa nature délicate l’avertissait du danger. Qu’allait-il chercher là, lui qui ne connaissait que la quiétude des salons et des conversations brillantes ? Autre chose peut-être ? A commencer par un nom. L’Académie lui procurait bien l’immortalité, et pourtant… En devenant censeur, il gouvernerait enfin le monde. Les uns se prosterneraient lui. Les autres, même les plus rétifs, seraient contraints de s’adresser à lui avec respect. »

Le Censeur

Le Censeur

En 1827, dans les salons de la Restauration évolue un courtisan influent nommé Charles Brifaut. Après quelques succès littéraires, celui-ci n’aspire qu’à une seule chose : entrer à l’Académie avec sa nouvelle pièce de théâtre, Jeanne Grey. Disposant d’appuis influents et menant grand train, il est persuadé que le monde entier n’attend que son dernier chef d’oeuvre. Il courtise les actrices les unes après les autres et vogue, sans se soucier du monde qui l’entoure, au gré de ses passions et des personnalités influentes qu’il peut rencontrer. Pourtant, tout ne va pas se passer comme Charles le souhaite. Pour plaire au roi Charles X, il va accepter la fonction de censeur des théâtres et avec un petit groupe d’individus, règne désormais sur tout le répertoire du Théâtre Français. Pour un mot jugé licencieux, mal placé, pour un oui ou pour un non, il peut désormais décider d’interdire les pièces dont il reçoit les textes au préalable. Personne n’est à l’abri des foudres de cette terrible censure, pas même le grand Victor Hugo, qui sera le premier à en faire les frais… Mais c’est sans compter sur l’arrivée d’un mystérieux secrétaire assigné au service de Charles Brifaut, un certain dénommé Kovaliov : inquiétant, mystérieux et fourbe… Il n’en faut pas plus pour que l’existence de Charles se transforme en long cauchemar…

Il y a quelque chose dans ce roman qui, au premier abord, évoque immédiatement Gustave Flaubert. Et puis tout fait sens lorsque l’on apprend que l’auteur n’est pas seulement romancière mais aussi historienne et spécialiste de cette époque. Clélia Anfray parvient quasiment parfaitement à nous restituer l’ambiance et la vie littéraire dans ce siècle troublé à bien des égards que fut le XIXe. Avec un bonheur jubilatoire, elle plonge son lecteur au cœur des nombreuses intrigues qui jalonnent le roman avec une habileté déconcertante et un style à la fois original, enlevé et qui rappelle à plusieurs reprises l’auteur de Madame Bovary et ses comparses. Avec le personnage de Charles Brifaut qui, petit à petit, sombre dans l’angoisse et la paranoia, C. Anfray évoque aussi un autre héros de roman de la même période, non moins célèbre : Dorian Gray. Comme lui, Brifaut est, au début du roman, au faîte de sa puissance et de sa gloire. Il recherche le succès, l’amour et la réussite à tout prix. Tant pis s’il faut vendre son âme au diable pour la bonne cause. Quitte à le payer très cher…

Pari réussi donc, pour le troisième roman de Clélia Anfray. Subtil, vivant et passionnant, j’espère qu’il saura vous conquérir tout comme moi. Il n’est pourtant pas mon seul grand coup de cœur du moment mais patience, nous aurons l’occasion d’en reparler une prochaine fois…

 Le Censeur
Le Censeur
AuteurClélia Anfray
EditeurGallimard
FormatGrand format
Date de sortie27 Aout 2015
GenreRoman
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Le Censeur (Clélia Anfray)
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