Colm Toibin

Colm Toibin

S’il existe un romancier qui dépeint et parvient à faire vivre sur le papier des personnages féminins avec autant de justesse, de finesse et de sensibilité, c’est bien Colm Toibin. Auteur et journaliste irlandais, il est né en 1955 à Enniscorthy. Il arrive à se faire remarquer dès son premier roman (paru en 1990 sous le titre original The South, devenu Désormais notre exil dans la traduction française), grâce auquel il a reçu un prix décerné par l’Irish Times. Depuis une vingtaine d’années, il est régulièrement en lice pour le prestigieux Man Booker Prize, équivalent britannique du Goncourt en France. Dans son œuvre, il explore de nombreuses thématiques : la société irlandaise, l’exil loin de son pays d’origine, l’entrée dans l’âge adulte et la maturité et enfin, le deuil. Nombre de ses personnages de roman sont des femmes, qu’il s’agisse de Brooklyn ou de Nora Webster pour les plus récents. Dans le premier, il se mettait dans la peau de la jeune Ellis, forcée de quitter l’Irlande des années 1950 pour aller chercher du travail à New-York. Dans le second, il nous dépeint le quotidien d’une veuve et de ses enfants vers 1960. Ses personnages sont toujours profonds, touchants et restent longtemps dans l’esprit du lecteur une fois le livre refermé. Le testament de Marie, son nouveau roman paru aux éditions Robert Laffont pour la rentrée littéraire française, ne fait pas exception à la règle. Il a d’abord été écrit sous la forme d’un monologue présenté en 2011 au Dublin Theatre Festival. Cette fois-ci, le romancier irlandais n’a pas choisi n’importe quelle femme. Il s’empare du personnage de Marie, la mère de Jésus. Et réussit là un véritable tour de force dont l’Irish Times a dit qu’il était « aussi dense qu’un diamant ». Partons donc à la découverte de ce petit joyau de 126 pages de la littérature anglo-saxonne…

Le Testament de Marie

Le Testament de Marie

Le testament de Marie a donc pour narratrice la mère de Jésus. Si l’auteur ne la nomme jamais, le titre parvient à lui seul à dévoiler au lecteur la véritable identité de l’héroïne. Vivant désormais dans une maison à l’écart du monde et de toute civilisation, elle sait qu’il ne lui reste que peu de jours à vivre. En attendant, on la visite, on la nourrit, on l’habille, on la protège. Deux gardes, chargés de sa surveillance, l’interrogent, recherchent son témoignage sur ce qui s’est véritablement passé sur la colline. Elle évoque d’abord des sujets plutôt triviaux comme un joueur de dés, des lapins ou encore des oiseaux. Petit à petit, elle parvient à se livrer avec pudeur sur la perte et le martyr de son fils, qu’elle a vu entravé et sanglant. Mais alors que les fidèles de Jésus tentent par tous les moyens de l’encourager à embellir son histoire afin de participer au mythe qu’ils sont en train de créer (principalement dans le but de servir leurs propres intérêts), Marie, elle, ne souhaite dire que la vérité. Sa vérité. D’une volonté de fer, Marie reste pourtant une mère aimante, déchirée par le chagrin et le deuil, comme pourrait l’être n’importe quelle mère qui aurait perdu un enfant. Rongée par la culpabilité et par les doutes, elle continue cependant à vivre. Digne.

Le Testament de Marie est un récit puissant rempli de tellement d’humanité et d’universalité qu’il dépasse de très loin la religion et absolument nul besoin de connaître la Bible sur le bout des doigts pour se laisser happer par cette voix si singulière. C’est avant tout la relation d’amour qui unit une mère à son fils qui est le sujet principal du roman. Le reste est véritablement secondaire et au final, importe (presque) peu. Voilà ce que Colm Toibin disait d’ailleurs dans un interview donnée en 2013 :

«C’est vrai que j’ai souvent écrit sur les relations mère-enfant une fois l’enfant est devenu adulte. C’est une relation qui m’intéresse parce qu’elle est ambiguë, mais aussi parce qu’elle doit nécessairement évoluer, à mesure que l’enfant grandit, que la mère nourricière ne l’est plus… En plus, Marie a vécu à une époque de transition, où l’influence romaine s’insinue dans le quotidien en Galilée, où le pouvoir et le discours changent. Certains sont capables de s’adapter facilement à la situation, mais pas tous. Pas Marie. Marie est une survivante, avec tout ce que cela suppose. C’est pour cela que j’ai écrit ce texte à la première personne, au présent, avec des mots très courts, de peu de syllabes, c’est la parole d’une traumatisée, une parole plus saccadée, en pizzicato, brusque…»

The Testament of Mary

The Testament of Mary

Colm Toibin a également une plume inimitable, empreinte de poésie et de mélancolie, parfois de violence. N’hésitez pas, pour ceux d’entre vous qui comprennent l’anglais, à le lire en version originale, vous y découvrirez un véritable petit bijou littéraire. Surtout, ne vous laissez pas intimider ou rebuter par le sujet de ce court roman. Le Testament de Marie est avant tout le recueil des derniers mots d’une mère, orpheline de son enfant. Magnifique, percutant, bouleversant, ce texte ne vous laissera pas indifférent…

Et si vous êtes toujours à la recherche de nouveaux titres dans cette folle rentrée littéraire, restez connectés sur Attractive Area. Il y sera bientôt question d’un ver solitaire, d’un petit coin reculé d’Autriche et de foot…

 Le Testament de Marie
Le testament de Marie
AuteurColm Toibin
EditeurRobert Laffont
FormatGrand format
Date de sortie19 Aout 2015
GenreRoman
19e6a6ea-c93a-4d71-950d-7d567d73b1aa

 

Le testament de Marie (Colm Toibin)
5 1 vote