C’est l’été, les vacances sont enfin arrivées pour un bon nombre d’entre vous. Voici venue l’occasion rêvée de ralentir un peu le rythme infernal que vous adoptez durant l’année scolaire et de vous plonger dans un bon livre. Un bon livre, oui certes, mais lequel ? Durant la période estivale, tous les auteurs et les éditeurs rivalisent d’imagination pour plaire aux lecteurs et pour vous proposer LE titre qui vous accompagnera à la plage. Ou à la montagne. Ou sur votre île déserte. Bref, celui qui ne vous quittera plus pendant ces quelques semaines de parenthèse enchantée.

Afin de vous retrouver plus facilement dans les rayons des librairies, voici une petite sélection (non exhaustive bien sûr) de mes coups de cœur en littérature et en policier pour cet été 2015. Suivez le guide !

  • La Fille du train, Paula Hawkins 

La Fille du train

La Fille du train

Vous désespérez de trouver un roman haletant, plein de suspens et de rebondissements ? Du genre qui vous tiendra en éveil toute la nuit durant et qui vous donnera des sueurs froides ? Ne cherchez plus, vous l’avez trouvé ! La Fille du train est LE roman policier de votre été. Ecoulé à plus de trois millions d’exemplaires dans le monde, ce premier roman d’une jeune Anglaise, Paula Hawkins, est devenu un véritable phénomène dans le monde de l’édition ces dernières semaines. D’ailleurs, le roman a déjà vu ses droits d’adaptation au cinéma achetés par le studio américain Dreamworks et un certain Steven Spielberg…

Rachel, jeune trentenaire, prend tous les jours le train de 8h04 qui l’emmène de la banlieue où elle réside jusqu’à Londres, où elle travaille. Sur le trajet, son train s’arrête systématiquement devant une jolie maison où vit un jeune couple. La jeune femme est divorcée, déboussolée et dispose d’une fâcheuse tendance à s’alcooliser outre-mesure. La parfaite héroïne borderline en somme. Elle imagine donc la vie absolument parfaite que doit mener ce couple, qu’elle a surnommé Jason et Jess. Cependant, un matin ordinaire, Rachel surprend à travers la vitre du train quelque chose de troublant. Quelque chose qui ébranle toutes ses certitudes sur ce couple qu’elle a idéalisé. Quelques jours plus tard, une jeune femme est portée disparue. Il ne s’agit d’autre que Meg, celle que Rachel surnommait Jess…

Avec un sens magistral du suspense, Paula Hawkins entraîne son lecteur dans les méandres d’une intrigue tordue avec un plaisir non dissimulé. Presque immédiatement adoubée par les plus grands, notamment Stephen King, cette jeune Britannique fait donc une entrée fracassante dans le milieu du thriller psychologique. Rebondissements, fausses pistes et surprises parsèment ce bon polar, même si l’on peut parfois regretter que ce soit au détriment du style littéraire. Mais nul doute cependant que cette Fille du train saura vous conquérir et va rapidement devenir votre meilleure amie. Son auteur a (presque) tout d’une grande. A découvrir absolument !

    • Promesses aveugles, Audrey Magee 

    Promesses aveugles

    Promesses aveugles

    Derrière ce titre un brin racoleur qui ne rend absolument pas justice au titre original (The Undertaking) se cache un autre très beau premier roman venu d’Irlande et qui évoque la Seconde Guerre Mondiale du point de vue de deux jeunes Allemands.

    Peter Faber est un soldat mobilisé sur le front de l’Est en 1941. Comme cela a pu se faire à l’époque, il s’apprête à épouser une jeune femme, Katherina Spinell, qu’il n’a jamais rencontrée et dont il ne connait que la photographie qu’elle lui a envoyée. Cet arrangement est sensé satisfaire les deux parties : alors que Katherina pourra obtenir une pension de veuve en cas de décès du jeune homme, Peter, lui, a droit à une permission d’une dizaine de jours à Berlin, loin de la guerre et de ses atrocités. Pendant cette courte lune de miel, les deux jeunes gens vont d’abord s’apprivoiser puis tomber amoureux. Mais la réalité les rattrape et voilà Peter reparti pour le front… Le désastre de Stalingrad n’est pas loin… et alors que les parents de Katherina s’entêtent à soutenir coûte que coûte le régime nazi (quitte à commettre des monstruosités sans aucun scrupule), le temps des désillusions, des deuils et de la culpabilité est venu pour nos deux héros…

    Audrey Magee évoque avec brio une des périodes les plus sombres de notre Histoire européenne. Vue du côté du camp allemand, elle nous raconte une guerre sans victoire et une histoire d’amour sans sentimentalisme. Difficile de ne pas se passionner pour le destin de Peter et Katherina, emportés tous les deux dans une Histoire qu’ils n’ont pas choisie et qui changera le cours de leurs vies à jamais. L’auteur met en avant l’atrocité des combats, plus encore que les horreurs du régime nazi et laisse subtilement le lecteur se demander ce qu’il ou elle aurait fait à la place des personnages. Où finit le courage et où commencent la lâcheté et les compromissions ? Dans ce livre, aucun camp n’est d’ailleurs épargné : les monstres de guerre sont partout et les jugements prompts bien trop faciles. Promesses aveugles est un roman à la fois âpre et saisissant, très documenté et qui happe son lecteur jusqu’à la fin, bouleversante.

     

    • Au revoir là-haut, Pierre Lemaître 

    Au revoir là-haut

    Au revoir là-haut

    Avec Au revoir là-haut, nous restons dans le cadre du roman historique mais pas uniquement… Pierre Lemaître a reçu pour ce titre le prestigieux prix Goncourt en novembre 2013. Ce fut l’un des plus grands succès populaires de la rentrée littéraire à l’époque et il est très vite devenu le chouchou des libraires. Voilà le livre enfin disponible en poche depuis le mois d’avril. Principalement connu pour ses romans policiers comme Sacrifices ou Alex, l’auteur nous plonge ici dans une France traumatisée au lendemain de la Première Guerre Mondiale.

    Dans les derniers jours de la Première Guerre Mondiale, deux poilus, improbables frères d’armes qui n’ont rien en commun si ce n’est leur destinée, se sauvent la mise mutuellement. Dès les premières pages, la violence des combats fait rage, extrêmement bien décrite par l’auteur, qui prend littéralement son lecteur à la gorge. Vacarme des armes, odeurs pestilentielles, blessures atroces des gueules cassées, horreur de soi… Toute la guerre est là et, dans sa machine infernale, elle emporte tout sur son passage… Une fois démobilisés, nos deux personnages principaux, Alfred et Edouard, essayent de reprendre goût à la vie et de trouver à nouveau leur place. Mais ils se retrouvent dans une société qui s’est trouvée à ne savoir glorifier que ses morts et qui est incapable de reconnaître le sacrifice et la bravoure des soldats qui ont pu revenir des combats, aussi abîmés fussent-ils. Et peut-on revenir à une existence normale quand on a connu une expérience traumatisante comme celle-ci ? Pour des raisons diverses et variées, chacun des deux personnages va passer dans la clandestinité, et ensemble, ils vont imaginer une arnaque de haut vol et totalement amorale afin de faire un pied de nez à cette société qui les rejète. Une arnaque aux monuments aux morts.

    Il serait dommage de vous en dévoiler plus sur l’intrigue, tant elle est riche en rebondissements et en surprises. Pierre Lemaître nous donne à voir avec ce titre ses grands talents de conteur. Venu de l’univers du livre policier, il nous montre aussi à quel point il dispose d’un véritable sens de l’intrigue et du suspense… pour la plus grande joie de ses lecteurs ! Au revoir là-haut est un excellent livre sur l’absurdité de la guerre et sur les vies brisées qui en sont la conséquence. C’est également une poignante histoire d’amour, d’amitié et de souffrance. Pierre Lemaître sonde les bas-fonds de l’âme humaine et n’a pas son pareil pour nous présenter une galerie de personnages lâches, opportunistes, menés par leurs appétits, avides d’argent et de pouvoir. Il arrive également à brillamment nous montrer que l’immoralité n’est pas toujours du côté que l’on croit…

    Juste un petit bémol concernant la version poche : la couverture, qui est graphiquement proche du désastre absolu et qui ne rend absolument pas justice au livre. Dommage !

     

    • Dieu me déteste, Hollis Seamon 

    Dieu me déteste

    Dieu me déteste

    Dernière petite pépite pour l’été, le roman de Hollis Seamon, Dieu me déteste (fraîchement paru en poche aux éditions 10/18) qui se situe à mi-chemin entre le roman pour adolescents et le roman adulte.

    Richard, 17 ans, est un adolescent comme les autres ou presque. Il aime rire, faire des blagues, a des relations parfois difficiles avec sa famille et rêve de pouvoir un jour embrasser la jolie Sylvie. Seulement voilà, Richard sait que, contrairement à d’autres, il n’a pas forcément la vie devant lui. Atteint d’un cancer en stade terminal, il vit à l’hôpital dans une unité de soins palliatifs. En plus de tout ça, il est surtout persuadé d’être touché par le syndrome DMD, Dieu me déteste. Mais le jeune homme a cependant bien l’intention de tout faire afin de pouvoir profiter du temps imparti qui lui reste, de profiter de toutes les expériences et de toutes les bêtises qu’il peut encore faire… Ce ne sont ni sa maman, qui ne vit plus qu’à travers son fils, ni les infirmières, ni l’hôpital et son règlement strict, ni la harpiste qui joue toute la journée dans le hall des mélodies à faire pleurer qui l’empêcheront de vivre.

    Le résumé vous rappelle quelque chose ? Peut-être un certain John Green et une histoire d’Etoiles Contraires ? Seulement voilà, le livre d’Hollis Seamon est bien plus qu’un copié-collé du best-seller de J. Green. Elle arrive à faire bien plus que cela. Tour à tour cynique, hilarant et profondément touchant, elle parvient à éviter de donner une vision « romantique » à la mort, comme cela a pu être le cas de son prédécesseur. Elle en fait quelque chose de vrai, de concret et si elle permet au lecteur de se rendre compte à quel point la vie peut être fragile, à aucun moment elle ne tombe dans le pathos ou le morbide. On ressent une véritable empathie pour la merveilleuse galerie de personnages secondaires évoqués par H. Seamon. De Sylvie à Richard, indociles et pétillants, en passant par les infirmières ou l’oncle venu regonfler le moral des troupes, chacun est merveilleusement dépeint et rendu très attachant. Dieu me déteste est un roman incroyablement humain, féroce et vivant qui, malgré le thème, est empli de joie et de bonne humeur. Une sacrée leçon de vie. Et une belle leçon d’optimisme aussi.

    Mais l’été, c’est parfois aussi l’occasion de découvrir tout ce que l’on a pas eu le temps de lire pendant l’année ou de se plonger dans des classiques…

     

    • Vous voulez voyagez 
    Mathias Enard

    Mathias Enard

    Plongez-vous dans le merveilleux livre de Mathias Enard publié chez Actes Sud, Parle-leur de rois, de batailles et d’éléphants où le pape Jules II envoie au XVIe siècle Michel-Ange construire un pont à Constantinople entre l’Orient et l’Occident. Une plume sublime et une histoire captivante, c’est un régal à lire !

    N’hésitez pas également à vous plonger dans Le Grand Coeur de Jean-Christophe Rufin, un magnifique roman sur la vie et les tourments de Jacques Coeur, le trésorier de Charles VII en pleine Guerre de Cent Ans. Vous y découvrirez un homme attachant, très en avance sur son temps, passionné par l’Egypte et les voyages…

    • Vous avez envie de rire 

    Alors plongez-vous dans les romans so british de David Lodge ou Jonathan Coe, pour les plus connus. Et jettez un coup d’oeil au petit bijou d’Helen Simonson, La dernière conquête du major Pettigrew. Ernest Pettigrew, major à la retraite, esseulé dans son petit village du sud de l’Angleterre et tout juste veuf, va faire la connaissance de Madame Ali, l’épicière d’origine pakistanaise de sa petite bourgade. Voilà qui risque de ne pas plaire à certains… Une très jolie découverte !

    • Vous avez envie de frissonner 

    Alors le Lecteur de cadavres d’Antonio Garrido est pour vous : suivez un jeune homme aux dons exceptionnels dans la Chine impériale du XIIIe siècle… Frissons garantis ! Et vous pouvez également ajouter à votre programme les nouveaux romans des très célèbres Franck Thilliez (Pandemia) et Michel Bussi (Maman à tort).

    Le lecteur de cadavres

    Le lecteur de cadavres

Lectures d’été 2015
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