Aujourd’hui, jeudi 17 août, je déclare ouverte la rentrée littéraire 2017 sur Attractive Area ! Cette année, c’est encore pas mois de 587 nouveautés qui vont débouler dans les rayons des librairies à partir de maintenant. Pour l’instant, je suis toujours en vacances mais je prépare lentement mais sûrement mes gros muscles pour déballer les milliers de volumes qui vont nous tomber sur le coin du rable dans les prochaines semaines. Alors, comme chaque année, je redoute un peu le moment où l’on va me sauter dessus en me demandant d’un air inquiet en pointant du doigt les piles : « Vous l’avez lu ? Et celui-là, vous l’avez lu ? ». Mais il faut reconnaître que, aux vues du nombre de nouveautés qui débarquent (déjà rien qu’en une semaine), il est sacrément compliqué de s’y retrouver dans cette jungle de mots. Alors, comme d’habitude, je vais enfiler ma cape de Licorne-Libraire (comprendra qui pourra) et je vais essayer de vous aider à dépatouiller tout ça. Cette année, il semblerait que les éditeurs aient pris moins de risques que les années précédentes : beaucoup d’auteurs déjà connus et reconnus dévoilent leur nouveau bébé (Gaëlle Nohant, Amélie Nothomb, Sorj Chalandon, Marc Dugain, Philippe Jaenada, Véronique Olmi et Kamel Daoud pour ne citer qu’eux). Côté littérature étrangère, on a également misé sur des valeurs sûres avec des écrivains ayant déjà raflé de nombreux prix dans leur pays d’origine (Colson Whitehead et son Underground Railroad, publié chez Albin Michel, en est le plus bel exemple). Mais cela n’empêche pas que cette cuvée 2017 soit particulièrement enrichissante. Jusqu’ici, et je croise les doigts, je n’ai lu aucun livre que je n’ai pas du tout aimé. Alors après, forcément, je les ai aimé à des degrés divers mais dans l’ensemble, énormément m’ont fait forte impression. Sans plus attendre, je vais vous présenter, petit à petit, la somme de mes lectures. En espérant que cela pourra vous être utile et vous aider à cibler les ouvrages qui sauront vous plaire et vous emporter loin.

La romancière Gaëlle Nohant

La romancière Gaëlle Nohant

Coup de projecteur dès maintenant sur le troisième roman de Gaëlle Nohant, dont j’avais adoré La Part des Flammes. Pour ceux qui souhaiteraient se rafraîchir la mémoire, G. Nohant est née en 1973 à Paris et vit désormais dans cette magnifique ville qu’est Lyon. Son premier roman, L’Ancre des rêves, est sorti en poche tout récemment mais c’est surtout avec La Part des flammes qu’elle s’est fait connaître du grand public et pour lequel elle a obtenu le Prix France Bleu/Page des libraires en 2015 et le prix du Livre de Poche en 2016. Il me semble qu’elle pensait déjà depuis un moment au personnage qui sera le héros de son prochain roman, Légende d’un dormeur éveillé (paru aux éditions Héloïse d’Ormesson), qui sort dès aujourd’hui en librairie : Robert Desnos. Partons ensemble à la découverte de ce pavé de plus de 500 pages…

Le roman, divisé en plusieurs parties, débute au cœur des années 1920. Le poète Robert Desnos évolue dans le Paris littéraire flamboyant et bouillonnant de cette époque. Il a pour amis de nombreux surréalistes (Raymond Queneau, Paul Eluard, André Breton…), voyage aux côtés de Federico Garcia Lorca ou Alejo Carpentier et se perd dans des amours tumulteuses. Avide de liberté, plein de faiblesses attachantes qui le rendent si proche de nous, le poète aime à se perdre dans le quartier des Halles, déambuler à Montmartre ou à Montparnasse. Il va rencontrer lors de ses périgrinations la belle Youki, l’amour de sa vie. Viennent ensuite les années 1930 et leurs sombres présages. La crise économique frappe l’Europe de plein fouet et c’est la peste brune qui, partout aux alentours, gronde et menace. Artiste engagé, chroniqueur radio, Robert Desnos sera un résistant de la première heure…

Le nouveau roman de Gaëlle Nohant

Légende d’un dormeur éveillé

La Légende d’un dormeur éveillé est, déjà et avant tout, une magnifique promenade dans un Paris bohême où Desnos côtoie Man Ray, Jean-Louis Barrault, Jacques Prévert… Chaque scène est l’occasion d’une promenade intime avec Robert, une déambulation à travers les plus beaux, les plus vivants quartiers de la capitale, recréés sous vous yeux par le savoir-faire de la romancière. D’emblée, j’ai retrouvé ce sens du récit, de la description, et la précision de la peinture d’une époque qui m’avaient tant plu dans son précédent roman. Les personnages prennent littérralement vie sous vos yeux : en tant que lecteur, vous allez vous retrouver aux premières loges dans la dispute épique qui oppose Desnos à André Breton, danser à leurs côtés dans les cafés enfumés de Montparnasse… Le récit est parsemé de nombreux extraits de poèmes de Desnos, distillés par Gaëlle Nohant comme autant de petites pépites qui ne vous donneront qu’une envie une fois le livre refermé : vous (re)plongez dans la très belle poésie de Desnos.

Il faut que je vous avoue que j’ai d’abord eu une relation relativement tumultueuse avec ce livre. Je l’attendais de pied ferme depuis plusieurs mois et je n’ai pas manqué de me jeter dessus lorsqu’un service de presse est arrivé dans ma librairie. Disons que la première partie du texte a pu me laisser un peu sur ma faim. Je pense qu’à ce stade de la lecture, le but de Gaëlle Nohant était de recréer une époque et en cela, elle le fait parfaitement bien. Pourtant, je suis restée alors un peu en marge du récit, sans vraiment m’expliquer pourquoi. Et puis, sans pour autant davantage de raisons, j’ai basculé de l’autre côté de la barrière et je ne pouvais plus m’arrêter de tourner les pages. La peinture du Paris occupé et l’emballement de la destinée de nombreux personnages sont orchestrés d’une main de maître par la romancière qui agrippe son lecteur sans le lâcher jusqu’à la fin. D’ailleurs, j’ai beau être un petit cœur d’artichaut, j’ai tout de même rarement autant pleuré à la fin d’un livre. Tout en retenue, sans pour autant surjouer et chercher à tout prix à susciter l’émotion chez son lecteur, la plume de G. Nohant se révèle encore plus sublime et fine qu’elle ne l’était déjà au fil du roman. Et, quand il est l’heure de refermer les toutes dernières pages et de quitter Robert, on se sent tout de même un petit peu orphelin, comme si l’on venait de quitter à jamais un ami de longue date…

Au départ un peu désappointée par le début du roman, je me suis petit à petit totalement laissée emporter par le récit. Gaëlle Nohant nous emporte avec élan dans le Paris flamboyant des années 1920 où se côtoient autour d’innombrables verres de champagne les plus grands artistes de l’époque. Mais eux qui rêvaient comme tant d’autres de changer le monde par leur art se sont aussi retrouvés piégés par leur époque, la montée du totalitarisme et l’arrivée de la guerre sur le sol français. Et Robert dans tout ça ? La romancière brosse le portrait d’un homme à la fois sensible et sans concessions, courageux et complexe. Inconscient parfois mais libre. Tellement libre.

Légende d’un dormeur éveillé
AuteurGaëlle Nohant
EditeurHéloïse d’Ormesson
FormatGrand Format
Date de sortie17 août 2017
GenreRoman
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Légende d’un dormeur éveillé (G. Nohant)
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