Difficile, après les tragiques évènements du 13 novembre 2015 à Paris, de reprendre la plume. Et pourtant, à mon sens, la première des façons de résister à la barbarie réside dans l’éducation et la culture. Tout ce qui nous permet de nous ouvrir au monde afin de mieux en appréhender les enjeux. La littérature en fait donc évidemment partie.

Pour ceux d’entre vous qui nous lisent régulièrement, vous savez désormais que ma préférence va davantage aux lectures pas-toujours-très-gaies-mais-qui-font-réfléchir qu’aux très demandés feel-good books. Comme son nom l’indique, le but de ce genre de livres est de vous faire du bien, de vous faire sourire et de vous permettre de vous évader du quotidien. Bref, de vous mettre du baume au cœur en cas de coup dur. J’ai donc eu envie de remettre au goût du jour l’un de mes coups de cœur de ces dernières années, La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi, de Rachel Joyce, sorti en 2012 au Royaume-Uni et disponible en format poche aux éditions Pocket.

Rachel Joyce

Rachel Joyce

Rachel Joyce vit en Angleterre, dans le Gloucestershire. Elle a été pendant plus de vingt ans scénariste pour la radio, le théâtre et la télévision. Harold Fry est son premier roman, qu’elle a écrit alors que son père était atteint d’un cancer en phase terminale. Dès sa parution, il ne conquiert pas moins de 120 000 lecteurs, rien qu’en France et il sera traduit dans pas moins de 29 langues, s’offrant par là un très beau succès à l’international. R. Joyce a d’ailleurs reçu, en 2012, le prestigieux National Book Award. Elle a depuis écrit deux autres romans, Deux secondes de trop et La lettre de Queenie, qui n’est autre que la suite de son premier roman.

Harold a 65 ans. Il vit au sud de l’Angleterre avec sa femme, Maureen, avec laquelle il ne partage plus grand-chose, si ce n’est (à peine) les banalités du quotidien. Le matin où débute le récit, Harold reçoit une lettre d’une ancienne collègue et amie qu’il n’a pas vue depuis plus de 20 ans et qui lui annonce qu’elle a été transférée dans une unité de soins palliatifs dans un hôpital au nord du pays. Harold décide de lui répondre et d’aller poster la lettre dans la boîte postale la plus proche de son domicile. Mais le sort va en décider autrement. Après une boîte passée, puis deux, puis trois, puis quatre, une évidence s’impose à notre anti-héros : puisqu’ils ont encore tant de choses à se dire, il va marcher jusqu’au nord et retrouver Queenie… C’est donc sans chaussures de marche, sans téléphone ni aucun autre équipement utile en matière de randonnée qu’Harold se lançe sur les routes et entreprend à son échelle un véritable pèlerinage, qui le mènera beaucoup plus loin qu’il ne l’avait pensé. De rencontres en rencontres, de villes en villages, il va permettre au lecteur d’en apprendre davantage sur sa vie et sur le douloureux secret qu’il cache au fond de lui depuis des années… Petit à petit, la simple ballade d’Harold Fry prend des allures de voyage initiatique…

Harold Fry

Harold Fry

Inutile de tergiverser ici, j’ai adoré ce livre. On prend énormément de plaisir à suivre le personnage de ses périgrinations, à la fois poignantes, émouvantes et drôles. Chaque personne rencontrée au cours de son voyage va avoir un impact particulier sur la vie d’Harold et elles sont l’occasion pour lui, de dévoiler progressivement ses joies mais aussi ses blessures intérieures. Voilà une bien jolie fable que nous raconte Miss Joyce, qui arrive à maîtriser à la perfection un certain équilibre entre légèreté et émotion, ce qui rend ce récit tout à fait unique. A travers le parcours du personnage principal, la romancière arrive, avec habileté et intelligence, à explorer des thématiques telles que les regrets, le renouveau, la possibilité pour les êtres humains d’évoluer… De jolies descriptions de l’Angleterre et de ses paysages sont également au rendez-vous et donnent au roman un côté un peu désuet et décalé absolument charmant. Seul bémol pour la version française : quel dommage d’avoir dénaturé le titre original (The unlikely pilgrimage of Harold Fry) pour nous pondre encore un de ces titres à rallonge à la mode ! Par ailleurs, la couverture, si belle dans sa version originale, se trouve chez Pocket, dénaturée et dénuée de toute sensibilité. Dommage ! A noter pour ceux d’entre vous qui seraient tentés par la lecture de ce titre en version originale, allez-y les yeux fermés, il convient tout-à-fait aux lecteurs avec un niveau intermédiaire.

Et parce qu’en ces temps sombres, la lecture peut s’avérer être un refuge salutaire, voilà quelques idées à piocher et à mettre dans votre petite « pharmacie littéraire » personnelle :

Madame Hemigway (Paula McLain): à l’heure où les librairies de France et de Navarre sont assaillies de demandes pour Paris est une fête d’Ernest Hemingway, voici une très belle alternative. A la fin des années 1910, la jeune Hadley Richardson rencontre, dans un bar, un jeune homme charismatique et charmeur. Son nom sera bientôt connu à travers le monde entier. C’est Ernest Hemingway. Peu de temps après leur mariage, le couple s’envole pour Paris, où ils retrouvent tout le gratin littéraire et artistique de l’époque : F.S Fitzgerald, Salvador Dali, Gertrude Stein… Ce livre est un vrai petit bijou littéraire et un magnifique hommage à la Ville Lumière.

La bibliothèque des cœurs cabossés (de Katarina Bivald) ou La vie quand elle était à nous (de Marian Izzaguire) sont également des petites pépites d’optimisme à découvrir. Pas forcément extrêmement littéraire mais ces lectures vous feront passer un agréable moment.

Enfin, pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient mieux comprendre l’actualité, je ne peux vous recommander assez la dernière parution de Jean-Pierre Filiu, Les Arabes, leur destin et le nôtre paru en août 2015 aux éditions de la Découverte. Accessible sans être simpliste, il vous éclairera sur l’histoire du Moyen-Orient, des « Lumières arabes » du XIXe siècle à l’obscurantisme d’aujourd’hui.

La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi
la lettre qui allait changer le destin
AuteurRachel Joyce
EditeurPocket
FormatPoche
Date de sortieSeptembre 2012
GenreRoman
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La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry… (R. Joyce)
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