Bonjour tout le monde ! C’est fois-ci, promis, nous revoilà… (oui, je sais, c’est déjà ce que j’avais dit la fois dernière). Pour ma défense, mis à part un énorme coup de cœur en version originale qui devrait sortir dans le courant du mois de mai et dont je vous ai parlé ici, je n’ai rien lu de transcendant (« tu n’as pas lu grand-chose non plus » me susurre avec dédain le petit diable qui cohabite avec moi dans ma tête). Le dernier Philippe Besson (Arrête avec tes mensonges, publié aux éditions Julliard lors de la rentrée littéraire de janvier) fut une belle découverte mais je dois vous avouer que je fais partie des inconditionnelles de cet auteur et surtout de son très beau style. Je me suis également plongée dans deux ou trois lectures plutôt chouettes an anglais mais de là à avoir envie de vous faire mon gros blabla habituel dessus, il y a un grand pas, que je n’ai pas franchi. Mais voilà le printemps et avec lui un petit bout de soleil qui daigne pointer le bout de son nez alors, plus d’excuses, on se remet au boulot. D’autant que cette saison est en général assez stimulante en librairie. On voit pousser sur les tables tout plein de jolis bouquins avec des couvertures pleines de couleurs qui vous font de l’oeil et qui se présentent sous leur meilleur jour pour que vous vous décidiez à les emmener avec vous cet été sur la plage ou dans d’autres aventures. Parmi toutes ces nouveautés qui commencent à faire parler d’elles, je suis quasiment certaine que vous avez dû repérer ça et là le nouveau roman d’Anna McPartlin. Anna qui ? Mais si, toi-même tu sais. Anna McPartlin, c’est cette romancière irlandaise qui a tout cassé en débarquant en France avec son super-roman-méga-génial-qui-fait-rire-et-pleurer-à-la-fois, Les derniers jours de Rabbit Hayes (aux éditions du Cherche Midi). A l’heure où je vous parle, ce petit bijou (à la fois littéraire et esthétique, il faut bien le dire) trône fièrement dans ma bibliothèque, en bonne place dans le classement de mes lectures préférées de l’année 2016. C’est donc avec une grande joie et un peu d’appréhension (allais-je l’aimer autant que le précédent ?) que j’ai vu arriver le service de presse dans ma librairie de son nouveau livre, Mon midi mon minuit. Publié en 2005 dans les pays anglo-saxons, il s’agit en réalité de son tout premier roman, paru sous le titre original Pack up the moon.

a romancière irlandaise Anna McPartlin

La romancière irlandaise Anna McPartlin

Née à Dublin en 1972, Anna McPartlin s’est lancée dans l’écriture après une carrière dans le stand-up. Mon midi mon minuit, son deuxième livre à paraître en France aux éditions du Cherche-Midi (en librairies le 6 avril 2017) est en réalité son premier roman dans son pays d’origine. Que ce soit en version française ou en version originale, il doit son titre au poème Funeral Blues de W.H Auden (oui, c’est bien ce poème qui est lu dans le film Quatre mariages et un enterrement).

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,

Empêchez le chien d’aboyer pour l’os que je lui donne,

Faire taire le piano, et sans roulements de tambour,

Sortir le cercueil à la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au-dehors

Dessinent dans le ciel ces trois mots : il est mort.
Nouez des voiles noires aux colonnes des édifices,

Gantez de noir les mains des agents de police.

Il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest,

Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,

Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson ;

Je croyais que l’amour jamais ne finirait : j’avais tort.

Que les étoiles se retirent, qu’on les balaie,

Démontez la lune et le soleil,

Videz l’océan, arrachez la forêt,

Car rien de bon ne peut advenir désormais.

Emma a 26 ans. Elle est amoureuse de John depuis sa plus tendre adolescence. Ensemble, ils ont vécu toutes les premières fois et bien d’autres aventures. Ils se sont installés dans une jolie petite maison à Dublin, la tête pleine de projets (mais pas trop, juste ce qu’il faut). Autour d’eux, une bande d’amis inséparables, une voisine attachante et une famille plutôt originale. Lorsque le roman débute, nos deux tourtereaux vivent pleinement leur vie de jeunes adultes sans se poser trop de questions. Pourtant, ce bonheur ne durera pas. A l’issue d’une soirée festive, John meurt brutalement, fauché par une voiture. Emma, entourée de Richard, Anne, Sean et Clo, va devoir faire face à la plus rude épreuve de sa vie. Comment réapprendre à vivre après un tel drame ?

Mon midi mon minuit, nouveau roman d'A. McPartlin

Mon midi mon minuit (éditions du Cherche-Midi)

Impossible de surpasser Les derniers jours de Rabbit Hayes dans mon petit panthéon littéraire personnel mais Anna McPartlin ne s’en sort pas si mal avec ce roman où l’on retrouve dès les premières lignes sa gouaille, son humour caustique et ravageur et sa sensibilité. Le premier tiers du livre est véritablement réussi car il alterne avec un très bon équilibre le drame et les scènes plus légères. La romancière n’a pas son pareil pour vous décrire des situations terribles, sans pour autant verser dans le pathos ni dans la sensiblerie bon marché. Tout sonne juste, l’héroïne est attachante et l’on partage avec elle ce deuil aussi douloureux qu’imprévu et brutal. C’est peut-être dans la seconde partie de l’histoire que ça se gatte un peu. Si la reconstruction d’Emma reste toujours une partie importante, elle passe un peu au second plan pour se concentrer sur les tribulations de cette bande de copains, presque trentenaires, en mode un peu Friends. Et, de mon point de vue, c’est un peu dommage car le livre perd du rythme et du corps à ce moment. Dur, dur également d’éviter les clichés sur un sujet aussi casse-gueule. Le lecteur passe alors dans une autre dimension : d’un livre plutôt intimiste sur le deuil et la reconstruction, on passe, sans réelle transition, à un roman choral assez chick-lit. Dommage également que certains éléments constitutifs de la narration soient si prévisibles. Difficile d’être surpris par la fin, même si ce qui importe, c’est la façon dont Emma arrive au bout du chemin. En résumé, je peux dire que Mon midi mon minuit m’a laissée un peu sur ma faim et que j’aurais aimé y trouver un peu plus de profondeur. Le début était pourtant très prometteur… Mais voilà encore un élément à remettre dans son contexte : il s’agit en réalité d’un premier roman. Il ne serait pas juste de le comparer aux Derniers Jours de Rabbit Hayes, plus abouti et qui a permis à Anna McPartlin d’affûter ses crayons… Une petite remarque pour finir sur la couverture : certes, elle est (très) belle. Mais elle ressemble aussi furieusement à Rabbit Hayes. Et c’est dommage parce que ce qui en faisait sa beauté, c’est aussi parce qu’elle était unique !

Si vous cherchez un joli texte sur l’amitié et la vie, Mon midi mon minuit fera sûrement votre bonheur. Les pages se tournent sans effort, les personnages sont à la fois efficaces et attachants et l’histoire, dans l’ensemble, tient ses promesses. Par contre, si vous êtes à la recherche d’un roman plus profond, il se peut qu’il vous déçoive un peu. N’hésitez donc pas à vous (re)plongez dans Les Derniers Jours de Rabbit Hayes, où vous retrouverez la plume magique d’Anna McPartlin avec (encore) plus de savoir-faire!

Mon midi mon minuit
AuteurAnna McPartlin
EditeurHarper Collins
FormatGrand Format
Date de sortie18 mai 2017
GenreRoman
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