Dernière ligne droite pour moi avant quelques semaines de repos bien mérité… Oh, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous abandonner fort longtemps… Juste le temps pour moi d’aller recharger mes batteries (à plat je vous l’avoue. Etre libraire, ça crève.) sous le soleil lyonnais (on croise les doigts) et d’aller me remplir la panse des spécialités succulentes du patrimoine gastronomique de notre bon vieux Lugdunum. Oui, et puis, il faudra penser à marcher un peu aussi, histoire de ne pas revenir trois fois plus lourde qu’à aller…

Bref, je doute que mes états d’âme et mes prochaines escapades vous passionnent, je vais donc en venir au fait de mon petit article du jour. La fin de l’été approchant, il est temps pour moi de clôre, après la présentation d’une dernière petite merveille, la série des lectures absolutely wonderful qui ont jalonné mes dernières semaines. Au menu du jour donc, un premier roman, à la fois touchant, drôle et subtil, Murmures dans un mégaphone, de Rachel Elliott (paru aux éditions Rivages début avril 2016). Pour ceux que cela intéresse, je l’ai lu en anglais et il est tout-à-fait accessible à ceux d’entre vous ayant un niveau au moins intermédiaire dans la langue de Shakespeare.

Rachel Elliott, romancière britannique

Rachel Elliott, auteure de Murmures dans un mégaphone

Premier roman oblige, il n’y a pas encore beaucoup d’informations qui circulent sur Rachel Elliott. On sait seulement qu’elle est née dans le Suffolk, au Royaume-Uni, et qu’elle vit aujourd’hui dans la ville de Bath. Si Murmures dans un mégaphone est si subtil, c’est sûrement parce que la jeune femme, avant d’être romancière, est aussi psychothérapeute.

« Cela fait trois ans que Miriam n’a plus franchi le seuil de sa maison. Non, d’ailleurs, ce n’est pas tout-à-fait vrai. Elle a franchi la porte du jardin, à l’arrière de la maison, pour nourrir les carpes koï, et aussi le seuil de l’entrée pour aller prendre le lait sous le porche et déposer le sac poubelle que son voisin transporte ensuite jusqu’au bout de l’allée. Mais s’aventurer jusqu’à la route ? Hors de question. Et risquer une collision et un dialogue potentiellement catastrophique avec un inconnu ? Vous plaisantez. Pas après ce qui s’est passé. Pas après ce qu’elle a fait. »

Miriam Delaney, 35 ans, dispose de deux traits bien distinctifs qui font d’elle une jeune femme pas tout-à-fait comme les autres : cela fait trois ans qu’elle n’est pas sortie de chez elle et lorsqu’elle parle, sa voix ne porte pas plus qu’un murmure. Miriam vit seule dans la maison qu’elle partageait autrefois avec sa mère, avant que celle-ci ne décède. Rapidement, nous allons avoir de plus en plus d’indices sur le parcours personnel si singulier de cette jeune femme qui n’entre en contact avec le monde extérieur que par l’intermédiaire de son amie délurée Fenella et Boo, son voisin dévoué aux petits soins pour elle. L’autre héros du roman, Ralph Swoon, ne tarde pas à entrer en scène. Reconverti en psychothérapeute, Ralph est marié à Sadie (qui se décrit elle-même comme une « personne très sociable qui déteste les gens »…) et père de deux jumeaux adolescents. Entre eux, le courant ne passe plus vraiment et puis, le soir de l’anniversaire de Ralph, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase… Celui-ci quitte la maison et s’installe provisoirement dans les bois. Le voilà qui rencontre Miriam à l’improviste, lors de sa première sortie au dehors depuis des années…

Murmures dans un mégaphone, publié chez Rivages

Murmures dans un mégaphone de R. Elliott (Rivages)

Quelle petite merveille littéraire que ces Murmures dans un mégaphone ! A la fois beau, subtil, touchant, drôle et plein d’esprit, il fait définitivement partie de ces livres que vous n’oublierez pas de sitôt. Rachel Elliott n’a pas son pareil pour recréer sous vos yeux (ébahis/rieurs/humides… ça dépend des moments) deux magnifiques personnages cabossés par la vie chacun à leur manière sans pour autant que le roman ne devienne un mélodrame pathétique et/ou gênant. C’est avec un réel plaisir (car le livre n’est pas en reste quand il s’agit de faire de l’humour) que nous suivons les trajectoires de Miriam et Ralph (mais également celles de leurs proches), chacun en quête de quelquechose : à la recherche du bonheur, de l’âme sœur, de leurs racines… Bref, des personnages avant tout en quête d’eux-mêmes. Difficile de vous dévoiler tous les thèmes abordés dans ce livre sans trop en dire mais l’auteur évoque avec une grande finesse des sujets plutôt délicats et qui peuvent vite tourner à la caricature et au ridicule s’ils ne sont pas traités avec finesse et intelligence. Ici, pas de risque, sans doute l’autre activité professionnelle de notre romancière n’est-elle pas étrangère à tout cela…

Le style, subtil et enlevé, se mêle à un humour corrosif et vient servir à merveille une intrigue qui ne manque pas de rebondissements en tous genres et de rythme.

Si ça n’est pas déjà fait, jetez-vous sans arrières-pensées sur le premier roman de la Britannique Rachel Elliott. Délectez-vous des tribulations rocambolesques des deux héros principaux, formidables personnages de doux-dingues cabossés par la vie, qui se sentent toujours un peu extérieurs au monde qui les entoure… Fous rires (et petites larmichettes) garantis !

Des Murmures Dans Un Mégaphone 
Des Murmures dans un mégaphone
AuteurRachel Eliott
EditeurRivages
FormatGrand Format
Date de sortie06 avril 2016
GenreRoman
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Murmures dans un mégaphone (R. Elliott)
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