Dans la série « Que vais-je bien pouvoir offrir à ma maman pour la Fête des Mères… ? », je reviens vers vous avec une nouvelle idée cadeau dans ma besace… Votre mère aime les grands drames romanesques soutenus par une jolie plume, les femmes rebelles au caractère bien trempé et Paris à la Belle Epoque ? Ne cherchez plus, vous trouverez tout cela dans le très beau roman de Gaëlle Nohant, La part des flammes. Les 500 pages de ce livre se dévorent goulûment et voilà encore un ouvrage que vous refermerez presque à regret… C’est un événement tragique et méconnu de notre Histoire de France que met en scène la romancière à travers ce livre : début mai 1897, alors que le XIXe siècle s’apprête lentement à tirer sa révérence, le gratin de l’aristocratie parisienne organise une vente de bienfaisance au Bazar de la Charité. Les grands bourgeois y côtoient les petites gens dans une ambiance bourdonnante. Mais le drame n’est jamais loin : alors que l’évènement bat son plein, un incendie, probablement provoqué par les débuts encore balbutiants du cinématographe, se déclare en plein cœur du bâtiment. Ce sont ainsi des centaines et des centaines de personnes, toutes catégories sociales confondues, qui vont se retrouver prises au piège… Mais avant de nous plonger plus avant dans cette histoire, quelques mots sur l’auteur de cette fabuleuse fresque…

Gaëlle Nohant, romancièreNée à Paris en 1973, Gaëlle Nohant a suivi des études de lettres et a publié son premier roman, L’ancre des rêves, en 2007, pour lequel elle a d’ailleurs reçu le prix Encre de Marine. Son second livre, La part des flammes, qui est l’objet de notre article aujourd’hui, a fait beaucoup parler de lui lors de sa sortie aux éditions Héloïse d’Ormesson : de nombreux articles dans la presse en ont fait l’éloge et il a été le coup de cœur de nombreux libraires. Tout cela n’est donc pas un hasard si il s’est vu décerné le Prix du Livre France Bleu mais aussi le Prix Page des Libraires en 2015. La part des Flammes est sorti en petit format, aux éditions Livre de Poche, depuis le mois de mars 2016.


La part des flammes
mêle ainsi le destin de trois femmes, appartenant toutes à la grande aristocratie ou la noblesse mais qui sont, chacune à leur manière, en rupture avec les conventions sociales de l’époque. La charismatique duchesse Sophie d’Alençon n’est autre que la petite sœur de l’impératrice Elisabeth d’Autriche, plus connue sous le nom de Sissi. Violaine de Raezal est une veuve à la réputation sulfureuse tandis que la jeune Constance d’Estingel a brutalement rompu ses fiançailles alors que débute cette histoire… Faute de travailler, ces femmes et leurs semblables occupent leur temps en faisant de bonnes œuvres et en allant au secours des pauvres, parfois par véritable bienveillance (et donc au mépris du danger), parfois par ennui ou par vanité… Nos trois héroïnes sont ainsi réunies en ce joli mois de mai 1897 pour une grande vente de bienfaisance au Bazar de la Charité. Un incendie se déclare au sein du bâtiment et la panique s’empare alors de tous. Le feu fera de nombreuses victimes. Mais quand sera t-il pour les survivant(e)s ? Quelle vie attend ces femmes dont la beauté (alors seule arme de salut dans ce XIXe siècle corseté) a été ravagée par les flammes ? Face à l’adversité naissent des solidarités inespérées et c’est un nouvel équilibre qu’il faut retrouver pour nos héroïnes et mais aussi pour une société toute entière…

La part des flammes de Gaëlle NohantC’est avec une extrême précision, et c’est sans nul doute l’un des points forts du roman, que Gaëlle Nohant reconstitue merveilleusement le contexte historique et social, la vie quotidienne et l’ambiance qui règne dans la capitale en cette fin de siècle. Elle nous dépeint un monde en plein bouleversement : l’affaire Dreyfus a alors éclaté il y a peu, les tensions sociales sont importantes et la Première Guerre Mondiale n’est pas loin… Au sein de ce tumulte, la romancière fait éclore trois magnifiques héroïnes qui verront se sceller leurs destins dans l’adversité. Chacune a sa personnalité propre mais elles ont en commun un certain rejet des normes que la société leur impose en tant que femmes.

«  Les filles d’aujourd’hui étaient bien difficiles… Il n’y a pas si longtemps, on ne les aurait jamais consultées sur un sujet aussi sérieux que le choix d’un mari. Bienheureuses celles qui pouvaient envisager sans dégoût d’offrir leur corps à celui qu’on leur avait choisi. On ne comptait pas les jouvencelles qui s’étaient retrouvées dans le lit d’un vieillard, les beautés qui avaient dû se faire engrosser par des êtres difformes, les disgracieuses qui avaient passé leur vie à faire tapisserie en société pendant que leurs maris dépensaient l’argent de leur dot en maîtresses ou au jeu. »

Nous suivons avec fièvre les liens familiaux et amicaux se faire et se défaire au gré des nombreux rebondissements que contient une intrigue maîtrisée de bout en bout. Si trois femmes sont au cœur de ce roman, Gaëlle Nohant fait également la part belle aux personnages masculins. Détestables et lâches pour certains, passionants pour d’autres, ils sont, comme les héroïnes, dépeints avec subtilité dans leur grandeur mais aussi dans leurs bassesses dans une société où les faux-semblants et l’hypocrisie tiennent une place de premier choix.

La part des flammes s’avère, dès les premières pages, être un livre addictif à bien des égards : une intrigue foisonnante, des personnages à la fois riches et complexes, une plume au style enlevé qui permet au lecteur de se sentir directement plongé au cœur de ce Paris à la Belle Epoque et dans la tête des différents protagonistes… La liste des qualités de cet ouvrage est longue ! On notera également par ailleurs un petit parfum de Downton Abbey, pour la peinture d’une société de classes en plein bouleversement… Désormais disponible en petit format pour à peine 9 euros, ne vous privez pas de cette magnifique histoire !

La part des flammes
la part des flammes
AuteurGaëlle Nohant
EditeurLivre de poche
FormatPoche
Date de sortie09 Mars 2016
GenreRoman Historique
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