Sylvia Lott, romancière et journaliste allemande

Sylvia Lott, auteur de La pâtissière de Long Island

Nous sommes d’accord, en ce moment, l’ambiance est plutôt à la morosité. Je ne vais pas vous faire l’inventaire de toutes les calamités qui nous tombent sur la figure actuellement (je pense que l’on sait tous de quoi je parle) mais faut avouer que, question karma… on n’a pas trop l’air d’avoir la côte. Conséquence personnelle de cette poisse nationale? J’enchaîne les lectures décevantes et/ou inintéressantes… Saperlipopette, le désespoir me gagne… Je rêve de me plonger dans un bon gros pavé réconfortant, le genre que vous ne quittez qu’à regret et qui vous scotche jusqu’à la fin… Et puis, oh, miracle… ! Que vois-je sur les tables de mon rayon ? Une petite merveille avec une couverture rose bonbon toute pimpante avec une part de cheesecake dessinée dessus. Je ne vous cacherai pas que ma première réaction fut quelque chose du genre : « Bon Dieu, mais encore un qui doit dégoûliner de bons sentiments… ». Sauf que ce livre (qui a pour titre La pâtissière de Long Island et qui est sûrement chez votre petit libraire adoré depuis le 19 mai) est édité par la maison Piranha, qui a plutôt la réputation de sortir des productions assez littéraires et pas vraiment cul-cul la praline comme dirait l’autre… Cette gourmandise, signée Sylvia Lott, nous vient tout droit d’Allemagne et croyez-moi, vous pouvez vous lécher les babines d’avance mes petits choux…

Originaire de Frise orientale, Sylvia Lott est journaliste free-lance pour des magazines féminins, de voyages et d’art de vivre. Auteure de quatre romans, elle a sorti outre-Rhin La pâtissière de Long Island en 2014.

« Marie était déjà bien avancée dans ses 80 ans quand elle sentit que cela commençait chez elle. Elle l’avait souvent observée chez d’autres personnes âgées ; cette manière qu’elles avaient de retourner vivre peu à peu dans leur passé, de se souvenir d’expériences vécues pendant l’enfance et qu’elles croyaient oubliées depuis longtemps – et de se sentir soudain tourmentées par les conflits d’autrefois comme s’ils ne souffraient plus un seul jour de délai. »

Nous sommes au printemps 2002. Marie est une adorable petite mamie d’origine allemande qui vit aux Etats-Unis depuis près de 60 ans. Connue comme le loup blanc pour sa délicieuse (et unique!) recette de cheesecake, elle sent la fin arriver à petits pas feutrés et souhaite revoir son unique frère encore vivant, resté en Frise orientale, Johann. Celui-ci répond favorablement à son invitation et décide d’entreprendre ce long périple en compagnie de sa petite-fille, Rona. Les voilà donc réunis après de nombreuses années de séparation. Se déroule alors le fil des souvenirs…

Frise orientale, début des années 1930. La jeune Marie est envoyée de force par son père à New-York afin de l’empêcher de fréquenter Arthur, un jeune instituteur protestant (alors que la jeune fille est issue d’une famille catholique). Elle débarque donc déboussolée et déraçinée dans la Grosse Pomme, la ville de tous les possibles, pour y rejoindre deux de ses frères plus âgés et les aider dans leur café. Pour démarrer, elle n’a qu’une petite valise et la recette d’un délicieux gâteau au fromage, dont les secrets de fabrication se transmettent entre femmes, de génération en génération… La demoiselle n’est pas au bout de ses découvertes, ni de ses surprises…

La pâtissière de Long Island, quatrième roman de Sylvia Lott

La pâtissière de Long Island de Sylvia Lott

La pâtissière de Long Island est, sans hésiter, LE feel-good book de vos vacances d’été (et il vous remontera le moral si le soleil ne daigne toujours pas montrer le bout de son nez). Nous suivons avec délices et avidité les aventures de la jeune Marie, d’abord douce et timide et qui, au fil des pages et de ses expériences, va acquérir succès et confiance en elle. Confrontée à de nombreuses épreuves (exil, déceptions en tous genres, deuil…), elle n’en ressortira que plus forte et plus déterminée. Sylvia Lott signe à travers elle un très beau portrait de femme.

Ce livre est également l’occasion de découvrir New-York et une petite contrée allemande dans cette période charnière que sont les années 1930. D’un côté, une Amérique qui se relève petit à petit de la crise économique et où tous les rêves de réussite sont désormais possibles et de l’autre, une Allemagne qui commence à sortir du marasme provoqué par la Première Guerre Mondiale mais où ne va pas tarder à flotter le drapeau nazi… Les destinées des différents protagonistes vont être intimement liées au sort de leurs pays respectifs.

Le récit est haletant et le rythme soutenu, alternant les souvenirs de Marie et la visite de Johann et Rona au début des années 2000. J’ai personnellement été plus sensible aux passages se déroulant vers 1930 qu’à ceux, plus contemporains, moins bien réussis à mon sens. Rona, la petite-nièce de Marie, se trouve en plein revers sentimental et professionnel lorsqu’elle arrive aux Etats-Unis, ce qui aboutit parfois à quelques clichés dont on aurait pu aisément se passer. Mais cela donne l’occasion à la romancière de faire un parallèle entre les parcours des deux femmes.

Avec sa Pâtissière de Long Island, Sylvia Lott signe un joli roman, à la fois tendre et relevé, sur le parcours de vie de son héroïne, la si singulière Marie. Tout en nuances et en subtilité, il nous fait cadeau d’une belle histoire sur la force des liens familiaux, la transmission et le pardon. Seul petit bémol : une fin légérement trop sucrée à mon goût où le happy end total à certains égards n’était pas une nécessité absolue. Néanmoins, un très bon moment de lecture comme on les aime !

Bon, c’est pas tout ça mais… je parle, je parle… J’ai une rentrée littéraire à préparer moi… Adieu monde cruel.

La Patissière de Long Island
La Patissière de Long Island
AuteurSylvia Lott
EditeurPiranha
FormatGrand Format
Date de sortie19 Mai 2016
GenreRoman

 

La pâtissière de Long Island (S. Lott)
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