The Death's Head Chess Club

The Death’s Head Chess Club

L’avantage de lire en langue originale, c’est que cela vous permet de découvrir, avant pas mal de monde, des auteurs ou des livres encore non traduits (voire inconnus) dans nos belles contrées. C’est ainsi que j’ai pu dénicher The Death’s Head Chess Club du britannique John Donoghue il y a déjà quelques mois.

Sa couverture et son thème m’ont tout de suite attirée et il ne m’a pas fallu plus de quelques lignes pour avoir une envie féroce de connaître la suite… Cet auteur, bien qu’ayant déjà trois romans à son actif, est complètement inconnu en France. Il a 58 ans, vit à Liverpool et convient lui-même, dans une interview accordée à un journal local, que ses deux premiers travaux sont tout-à-fait oubliables. Qu’en est-il du troisième ? John Donoghue, pharmacien de métier (profession qu’il continue d’ailleurs toujours à exercer), est du genre à aimer les défis. Son premier roman avait pour cadre un hôpital psychiatrique où sévissait un implacable tueur en série. Le manuscrit du Death’s Head Chess Club, en raison de son sujet et surtout, de l’originalité avec laquelle il est traité, a immédiatement été remarqué par les éditeurs de la célèbre maison britannique Atlantic Books. Sorti en Angleterre dans le courant du mois de mars 2015, le livre a également été imprimé pour conquérir le marché américain. Aucune date de sortie n’est, pour l’instant, prévue en France. Levons à présent le mystère sur cette nouvelle découverte…

The Death’s Head Chess Club a pour cadre principal le camp d’extermination nazi Auschwitz. Nous sommes en 1944. Emile Clément est déporté avec ses parents, sa femme et leurs deux petits garçons. Leur crime ? Comme tant d’autres aux yeux des Nazis, ils sont Juifs. Lorsque s’ouvre le livre, le jeune homme est épuisé, affamé et n’a aucune nouvelle des différents membres de sa famille. Il n’a pour compagnon qu’un autre Français, Yves. Son seul réconfort réside dans les quelques parties d’échecs qu’il arrive encore à disputer de temps à autre avec d’autres détenus et un jeu de fortune. Parallèlement à son parcours, nous suivons celui du SS-Obersturmführer Paul Meissner, en charge de la production dans les différentes usines mises en place à Auschwitz. Blessé sur le front russe en 1942, il est, aux yeux de ses pairs, un bon commandant. Chargé par ses supérieurs d’améliorer la vie quotidienne et culturelle des soldats allemands dans le camp, il crée un club d’échecs. De nombreuses rumeurs ne vont alors pas tarder à courir sur un Juif imbattable à cette discipline, ce qui, évidemment, met à mal tous les principes sur lesquels repose l’idéologie nazie. Les geôliers et bourreaux d’Emile vont alors mettre au point un jeu des plus pervers : pour toute partie qu’il gagnera contre eux, il pourra sauver la vie d’un détenu. S’il perd, c’est une exécution sommaire qui l’attend…

Ce premier nœud narratif vient rapidement en croiser un second. Nous retrouvons le personnage d’Emile presque 20 ans plus tard, à Amsterdam, en 1962, lors d’un tournoi international d’échecs. S’il refuse tout d’abord de jouer contre un compatriote et champion national, Wilhelm Schweninger, qui fut employé au Ministère de la Propagande pendant le IIIe Reich, il va bientôt faire une rencontre plus désagréable encore. Il est approché dans un café par un évêque. Ce mystérieux personnage n’est autre que l’ex-général nazi Meissner qui a mis en place les lugubres parties d’échecs à Auschwitz…

The Death's Head Chess Club

The Death’s Head Chess Club

A travers les parcours des différents personnages qui peuplent le roman (Emile et Paul Meissner, bien sûr, mais aussi le champion Wilhelm Schweninger et d’autres encore), John Donoghue explore la thématique de la culpabilité, de la responsabilité collective face aux atrocités commises en temps de guerre et de la rédemption. The Death’s Head Chess Club remplit tout-à-fait son rôle si l’on considère le livre pour ce qu’il est véritablement, c’est-à-dire une œuvre de fiction. La narration est efficace, le rythme du récit à la fois soutenu et grandement maîtrisé et l’on dispose d’un réel intérêt à suivre la trajectoire des individus qui interviennent dans le roman. S’il ne s’agissait que de cela, je pourrais dire que j’ai adoré ce livre sans restriction aucune. Et pourtant… il y a autre chose. Ce roman vient modestement poser sa pierre à l’édifice des nombreuses œuvres consacrées à la Seconde Guerre Mondiale et à la déportation. D’un point de vue rigoureusement historique, on note dès le départ des irrégularités mais surtout un manque de profondeur dans la réflexion, une certaine naïveté voire même une totale improbabilité de certaines situations qui ont lieu dans le roman. Certaines questions fondamentales ont cependant le mérite d’être posées. Un Allemand, qui regrette sa participation dans la machine d’oppression et d’extermination nazie de nombreuses minorités, doit-il rechercher le pardon auprès de ceux dont il a bafoué l’existence ? Le pardon, dans ce cas précis, est-il d’ailleurs possible ou ne serait-ce même qu’envisageable ? A l’inverse, les victimes doivent-elles se sentir obligées d’accorder l’absolution à ceux qui ont torturé et tué leurs compatriotes ? L’auteur pose les bonnes questions. Mais n’apporte pas les bonnes réponses. En tout cas, pas tout-à-fait. Trop simplistes, trop naïves. Les évolutions dans les relations entre les personnages sont trop rapides pour être crédibles et à la lecture, on se sent souvent désemparé…

The Death’s Head Chess Club est un roman intéressant donc, à plusieurs points de vue. D’une part, parce qu’en tant qu’oeuvre de fiction, il tient toutes ses promesses. De nombreuses scènes sont à la fois puissantes et poignantes et la qualité d’écriture de J. Donoghue n’y est sûrement pas étrangère. Il est par ailleurs relativement facile à lire en langue originale pour ceux d’entre vous qui disposent (au minimum) d’un niveau intermédiaire. Mais le roman manque de matière, de substance dans ses questionnements et dans ses réponses. A lire sans aucun doute, car il mérite d’être découvert, mais avec une bonne dose de recul et de précaution.

The Death’s Head Chess Club
The Death Head Chess Club
AuteurJohn Donoghue
EditeurFarrar
FormatGrand Format
Date de sortie12 Mai 2015
GenreRoman
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The Death’s Head Chess Club (John Donoghue)
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