Ceux d’entre vous qui nous suivent régulièrement savent que je ne suis pas particulièrement férue de romans policiers. Si je mets la main de temps en temps sur un petit du genre, c’est que je suis une libraire consciencieuse et amoureuse, malgré tout, du travail bien fait (oui, je me lance des fleurs pour une fois mais que voulez-vous mes gens, on n’est jamais mieux servi que par soi-même comme dirait l’autre). Toujours est-il que, ces derniers temps, (comptez au moins en mois cela dit), je compte quelques thrillers britanniques à mon palmarès. Et, pur hasard à chaque fois, il se trouve que les heureux élus sont des premiers romans. Et des gros succès également. Je vous ai ainsi chroniqué La Fille du train (The girl on the train) de Paula Hawkins et Révelée (Disclaimer) de Renee Knight. J’ai aussi pioché du côté de Paula Daly avec The mistake I made (titre inédit encore en France il me semble mais cette auteure s’est fait connaître dans nos contrées avec La Faute, publié aux éditions du Cherche Midi). Leur point commun à toutes les trois ? Je n’ai, à ce jour, toujours pas vraiment compris la raison d’un tel succès et du battage médiatique ahurissant fait autour de ces livres et/ou de leurs auteurs. Les intrigues sont plutôt simplettes, le style pas très recherché (et encore, je suis gentille) et la fin laisse généralement à désirer. Si on recherche un policier pour lire à la plage (ou à la montagne, c’est plus de saison désormais), pourquoi pas. Mais enfin, vous m’avouerez qu’il n’y a pas vraiment de quoi fouetter un chat.

C’est donc avec un enthousiasme plutôt modéré que je me suis lancée dans la lecture d’un nouveau thriller britannique et premier roman (oui, vous pouvez penser que je suis complètement maso mais je pensais que rien que le fait que je sois libraire vous avait déjà mis la puce à l’oreille…). Publié en anglais par une filiale de la maison Penguin, il est attendu en France sous le titre de La Veuve, aux éditions Fleuve Noir le 12 janvier 2017.

Fiona Barton, auteure de The Widow

Fiona Barton, auteure de The Widow

Fiona Barton est née en Angleterre, à Cambridge, mais vit aujourd’hui dans le sud de la France. Journaliste et formatrice internationale dans les médias, elle a notamment collaboré avec les rédactions du Daily Mail, du Daily Telegraph et du Mail on Sunday où elle a d’ailleurs gagné le prix de Reporter de l’année. The Widow, son premier roman donc, a été monté en épingle dès sa sortie par la presse britannique, qui l’a énormément comparé à la Fille du Train ou encore aux Apparences de Gillian Flynn. Des traductions sont en cours dans une trentaine de pays.

« Voyez-vous, mon mari est décédé il y a trois semaines. Renversé par un bus devant le supermarché Sainsbury’s. Une minute il était là, à m’agaçer à propos des céréales que j’aurais dû acheter, l’instant d’après il était mort sur la chaussée. Traumatisme crânien. Clamsé, quoi qu’il en soit. Je suis restée immobile le regard baissé sur lui. Autour de moi, les gens couraient dans tous les sens en quête de couvertures et un peu de sang tâchait le trottoir. Pas beaucoup, cependant. Il aurait été content. Il n’aimait pas le bazar. Tout le monde s’est montré très gentil, on a cherché à me dissimuler son corps ; je ne pouvais tout de même pas leur avouer que j’étais heureuse qu’il soit mort. C’en était fini de ses bêtises. »

Le personnage principal de ce roman est une femme d’une trentaine d’années, Jean Taylor. Sans enfants, elle est mariée à un homme nommé Glen. Coiffeuse de son état, elle ne sort pas beaucoup en dehors de ses heures de travail et a peu d’amis. Tout son monde évolue autour de son mari, avec qui elle a construit une relation pour le moins particulière et à qui elle se dévoue corps et âme. Alors que débute le roman, Glen vient de mourir, fauché par un bus à la sortie du supermarché. Alors que Jean tente de faire face au deuil et de reprendre ses esprits, elle doit également gérer l’entrée tonitruante de la presse et de la police dans sa vie. Pourquoi ? Parce que son mari adoré était également le suspect numéro un dans la disparition d’une petite fille de 4 ans, Bella, dans la région il y a quelques années. Jean l’a toujours soutenu dans cette affaire. Glen aujourd’hui décédé, la Veuve décide qu’il est désormais temps de révéler sa version de l’histoire…

The Widow, premier roman de la Britannique Fiona Barton

The Widow, premier roman de la Britannique Fiona Barton

La Veuve est articulé autour de trois récits : celui de Jean, celui de l’inspecteur Bob Sparkes (qui a enquêté sans relâche sur la disparition de la petite Bella et qui était convaincu de la culpabilité de Glen) et celui d’une journaliste sans grande éthique professionnelle, Kate Waters. L’histoire, racontée de plusieurs points de vue donc, est aussi étalée dans le temps, entre 2006 et 2010, ce qui occasionne de nombreux flashbacks qui mettent petit à petit l’action en branle et permettent à l’auteure de bien doser le suspense. La psychologie des personnages principaux est assez fouillée et évite certains écueils du genre, ce qui est plutôt un bon point. Un monstre peut revêtir de nombreux visages et Fiona Barton est assez douée pour éviter les clichés et nous construit un personnage ambivalent et rempli de zones d’ombres. La description de la dynamique entre Jean et Glen est assez fascinante. Ils font front ensemble aux évènements qui interviennent dans leur vie, tout en n’étant pas réellement ensemble, le monsieur en question n’étant pas commode. Si, certains aspects de la personnalité de Jean et de la relation qu’elle entretient avec son mari sont particulièrement réussis (connaît-on réellement la personne avec qui l’on partage sa vie est un bon sujet sur lequel brode habilement la romancière), il est vrai que l’épouse parfaite londonienne a parfois tendance à taper sur les nerfs du lecteur, qui se demande quand celle-ci va réellement ouvrir les yeux sur son odieux époux. Ne vous attendez pas non plus à une fin du tonnerre avec des révélations incroyables (pas de révélations, promis) : de nombreux détails et indices sont présents dès le début du texte pour qui sait être un peu attentif.

The Widow est malgré tout selon moi un bon roman. Si le terme thriller est peut-être un peu usurpé dans ce cas précis, je dirai que c’est une très bonne étude sur la façon dont les gens vivent avec le deuil et leurs zones d’ombres (parfois très, très peu reluisantes). Fiona Barton partage avec le lecteur une intéressante réflexion : peut-on réellement partager son quotidien avec quelqu’un et cependant prétendre ne pas connaître qui il est et ce qu’il est ? Si les révélations finales ne sont pas ahurissantes, j’ai passé un très bon moment avec ce texte, saupoudré de suspense comme il faut. Suis-je donc un peu réconciliée avec les premiers thrillers britanniques ? Peut-être…

The Windows/La Veuve
AuteurFiona Barton
EditeurPenguin
FormatGrand format
Date de sortie25 Août 2016
GenreThriller
19e6a6ea-c93a-4d71-950d-7d567d73b1aa